Observateurs
Photo des tombes moines de Tibéhirine, publiée sur Flickr par flitesd le 10 juillet 2008.

 

La sortie le 5 septembre du film "Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois pourrait être l’occasion en Algérie de reparler de l’assassinat des moines de Tibéhirine. D’après notre Observateur, cette sombre affaire semble pourtant presque oubliée de l’autre côté de la Méditerranée.

Groupe islamiste, services secrets ou armée algérienne ? On ne connaît toujours pas les commanditaires de l’assassinat des moines de Tibéhirine, survenu dans la nuit du 26 au 27 mars 1996. Le film de Xavier Beauvois n’aborde d’ailleurs pas cet aspect de la tragédie, se contentant de raconter les derniers jours des hommes d’Église. Et leur choix de rester dans leur monastère, malgré les menaces.

Cette affaire, qui fait toujours l’objet d’enquêtes en France, ne semble pas intéresser outre mesure les Algériens.

"Les gens semblent avoir oublié ce drame, qui s’est pourtant déroulé à 40 km de leur ville"

Abdelkrim Mekfouldji est journaliste à la retraite. Il vit à Blida.

La population de Blida est réputée pour être très au courant de ce qui se passe sur le plan culturel et dans les médias. Un micro-trottoir de plus d’une heure dans les rues commerçantes ne m’a pourtant pas permis de trouver une seule personne au fait de la sortie d’un film sur les moines de Tibéhirine. Plus grave - ou peut-être au contraire salutaire -, les gens semblent avoir oublié ce drame, qui s’est pourtant déroulé à 40 km de leur ville. Blida, qui fut un fief de l’intégrisme, dont elle a souffert, ne garde qu’un vague souvenir de cette affaire qui avait ébranlé les relations entre l’Algérie et la France, en 1996. Ils ne se rappellent plus de toutes ces années où complicité, arrangements et volte-face donnaient le tournis.

Khalida, 26 ans, enseignante sortant du lycée, me dit : "Oui, il y a eu une histoire dans le genre, mais je n’en sais pas plus." Elle presse le pas, inquiète surtout de ne pas être à l’heure pour préparer son dîner.

Contacté au téléphone, Hamza, un cinéphile avisé, m’explique avoir lu quelque chose sur le sujet dans un quotidien national de langue française. Point à la ligne. Amina, fille originaire de Médéa [la ville la plus proche du monastère de Tibéhirine], avoue quant à elle connaître l’histoire, mais elle ignore totalement qu’on en a fait un film qui sort aujourd’hui. "Combien de temps va-t-on continuer à remuer cette histoire ?", ajoute-t-elle.

Une tendance à l’oubli semble régner et c’est comme si les Algériennes et les Algériens se sont donné le mot pour ne pas évoquer cette partie douloureuse de l’histoire récente du pays. Facile de tourner la page ainsi. "Non, nous n’avons pas oublié le drame, mais nous vivons encore d’autres drames, sans arrêt…" m’a lancé un homme trentenaire au milieu d’un groupe absorbé par l’achat de la "cherbette", fameuse boisson à base de citron et très recherchée par les familles à l’heure de la rupture du jeûne.

Le fait que les Algériens soient majoritairement de confession musulmane pourrait aussi expliquer le peu d’intérêt qu’ils portent à ce drame. Peut-être qu’avec la rentrée scolaire et universitaire, on reparlera de ce sujet.