Des graffitis fleurissent sur les murs de Birmanie. On peut lire "Libérer la Birmanie", "Non aux élections de 2010".Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

À l’approche des élections législatives prévues en novembre, l’opposition à la junte militaire fourbit ses armes. Un jeune Birman explique que ces élections sont une mascarade et nous raconte son combat, à coups de chanson et de graffiti, pour obtenir un changement de régime dans son pays.

Vingt ans après les dernières élections législatives remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, les Birmans sont invités à se rendre aux urnes le 7 novembre. Sans attendre les résultats, la communauté internationale a déjà dénoncé le manque de crédibilité de ces élections.

Selon les lois électorales, un quart des sièges des parlements national et régionaux seront répartis entre les militaires. En outre, près de 70 officiers supérieurs ont quitté l’armée récemment pour pouvoir se présenter aux élections. Quant aux candidats des partis d’opposition, leur nombre s’est réduit en raison de pressions de tous ordres et des frais d’inscription exorbitants réclamés par la commission électorale.

La junte ne relâche pas son emprise sur le pays, trois ans après la Révolution safran de 2007, au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes avaient défilé. Malgré les risques d’arrestations, des opposants au régime ont rejoint des mouvements clandestins comme Generation Wave. Il est constitué d’une quarantaine de Birmans de 15 à 25 ans qui multiplient les actions à travers le pays. Il affiche un soutien inébranlable à Aung San Suu Kyi, même s'il se définit comme un mouvement apolitique.

"Un jour, la police est venue chez mes parents pour tenter de m’arrêter"

Bo Bo a 22 ans. Il est membre du groupe clandestin Generation Wave.

J’ai dû fuir mon pays il y a deux ans, parce que mes idées politiques ne plaisaient pas aux services de renseignement militaires. J’avais l’habitude de discuter avec mes amis et ma famille de la situation actuelle, c’est-à-dire comment la junte menace constamment les Birmans, comment elle viole les droits de l’homme. Mais en Birmanie, il est dangereux d’exprimer ses opinions politiques. Un jour, la police est venue chez mes parents pour tenter de m’arrêter. J’ai dû alors fuir avec d’autres militants de Generation Wave et je suis entré illégalement en Thaïlande.

"Les jeunes Birmans qui assistent à nos sessions de formation traversent illégalement la frontière par groupe de cinq ou de dix"

Depuis nous tentons d’organiser la jeunesse birmane dans une maison située tout près de la frontière avec la Birmanie. C’est un lieu secret où nous organisons régulièrement des sessions de formation pour des jeunes, car la plupart d’entre eux ne connaissent pas leurs droits, ne savent pas ce qu'est la démocratie, ce que sont les droits de l’homme. Ce n’est que lorsqu’ils seront informés de ce qui se passe dans leur pays, qu’ils pourront s’engager en faveur d’un changement de régime. Ces jeunes Birmans qui assistent aux sessions traversent illégalement la frontière par groupe de cinq ou de dix. Cela est très dangereux pour eux, ils peuvent être arrêtés à tout moment.

Le logo du collectif tagué en grand format.Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

"Nous composons  des chansons engagées pour informer les gens"

Nous utilisons aussi la musique et la poésie pour provoquer un changement dans notre pays. Les lycéens, les étudiants sont attirés naturellement par le rap, le hip hop. Nous composons donc des chansons qui dénoncent, pour informer les gens sur la Birmanie. Nous avons un studio en Thaïlande où nous enregistrons des morceaux de rap ou de hip hop. Nous faisons ensuite des CD que nous revendons de façon illégale en Birmanie. Ce sont des revenus qui permettent d’éditer de nouveaux CD.

Les graffitis ou les autocollants sont une autre manière d’informer les birmans. La plupart des membres de Generation Wave sont en Birmanie. Ils s’organisent pour taguer des murs, de jour ou de nuit, en fonction du niveau de sécurité. Parfois, je traverse la frontière pour les aider dans leurs actions.

Des graffitis fleurissent sur les murs birmans. Ici on peut lire "Libérez Aung San Suu Kyi".Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

Ici on peut lire "Pas de peur" et GW, la signature de Generation Wave.Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

"22 membres de notre mouvement sont en prison"

En tant que militant, je n’ai pas de futur. Je n’ai pas pas de passeport, pas de papiers. C’est très difficile d’autant que je ne peux pas me déplacer, car je dois rester caché. Je parle parfois avec ma famille au téléphone, mais je dois faire attention parce que nous sommes surveillés. 22 membres de notre mouvement sont en prison actuellement.

Mais je crois qu’un jour, notre pays se débarrassera de la dictature militaire, que nous allons renverser le régime en place. À l’approche des élections de 2010, nous espérons une mobilisation de la rue comme en 2007. Nous ne savons pas si cela se produira, mais nous espérons des manifestations. Nous sommes prêts à d’autres actions non-violentes. Nous expliquons aux gens que ces élections ne sont pas libres et équitables, nous les incitons à ne pas aller voter."

 

Affiche collée dans les cages d'escalier ou les toilettes publiques en Birmanie. On peut lire "J'affirme que Than Shwe [général au pouvoir depuis 1992] a commis des crimes. Il est le principal criminel à l'origine des problèmes économiques, des problèmes de santé publique et d'éducation du pays. Par conséquent, Than Shwe est recherché par Generation Wave."Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

Affiche distribué dans un bus.Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

Un autre slogan de Generation Wave que l'on retrouve sur les murs d'ambassades étrangères. On peut lire "Changement, nouveau gouvernement".Photo publiée en 2009 par Generation Wave.

Banderole accrochée à un pont où l'on peut lire "Changement, nouveau gouvernement".Photo publiée en 2009 par Generation Wave.  

 

Du rap et du hip hop au service de la lutte contre la junte

Vidéo publiée par Generation Wave.