Le long des routes des villes grecques, des milliers de panneaux publicitaires illégaux encombrent les trottoirs et sont à l'origine de dizaines d'accidents chaque année. Il existe pourtant une loi qui les interdit. Des campagnes sont par ailleurs régulièrement menées pour les faire enlever.

"Les maires reçoivent des dessous de table pour autoriser les annonceurs publicitaires à installer des panneaux"

Manolis Andriotakis est l'un de nos Observateurs à Athènes. Il a récemment réalisé un documentaire sur les problèmes de sécurité posés par les panneaux publicitaires illégaux. Il nous a alertés sur le problème.

Les panneaux publicitaires illégaux ne sont que la partie visible du problème plus profond que constitue la sécurité routière en Grèce. Selon les chiffres d'Eurostat, la Grèce se situe au deuxième rang des pays européens enregistrant le plus grand nombre de victimes de la route (1600 morts par an, pour une population de 11,2 millions d'habitants). Or, ces énormes panneaux d'affichage distraient les conducteurs. Tous les ans, ils sont directement à l'origine de neuf accidents mortels au moins.

Sur les lieux d'un accident à Athènes, au pied d'un panneau illégal.

La loi grecque sur les panneaux publicitaires placés en extérieur est limpide. Tout panneau placé sur le bord d'une route ou sur le toit d'un immeuble qui 'distrait l'attention des conducteurs' ou 'obstrue le passage' est illégal. Mais cette loi a été appliquée à Athènes uniquement durant les Jeux olympiques de 2004. À l'époque, le gouvernement avait supervisé l'enlèvement de centaines de panneaux illégaux, ce qui avait amélioré la visibilité et la sécurité sur les routes de nos villes. Mais quelques mois après les Jeux, les panneaux illégaux sont réapparus...

'Il y a 25 000 panneaux illégaux à Athènes'

Il y a environ 25 000 panneaux illégaux à Athènes, et 150 000 dans tout le pays. Le Parlement précédent a fait peu d'efforts pour 'nettoyer' les routes. Beaucoup ont critiqué l'ancien Premier ministre Kostas Karamanlis, l'accusant de ne pas vouloir faire respecter la loi.

Les panneaux illégaux à Athènes.

En fait, jusqu'à récemment, tous les partis présents au Parlement avaient même l'habitude d'utiliser des panneaux publicitaires illégaux pour leurs campagnes. Les choses ont changé au mois d'octobre 2009, avec la défaite écrasante de Karamanlis en dépit de l'utilisation massive de panneaux illégaux. Son opposant victorieux, George Papandreou, a choisi de ne pas utiliser de panneaux illégaux, même s'il n'est pas allé jusqu'à dénoncer la corruption des autorités municipales qui ferment les yeux sur ce problème.

'Les maires reçoivent des dessous de table'

Les maires reçoivent des dessous de table pour autoriser les annonceurs à installer des panneaux sur des emplacements illégaux. Dans le même temps, les multinationales et les entreprises grecques n'ont pas de scrupules à utiliser ces panneaux, ce qui renforce le cercle vicieux que constitue cette activité.

Un panneau "distrayant". Toutes les photos ont été prises par Manolis Andriotakis.

Durant les dix dernières années, des militants - essentiellement les parents des victimes de la route - ont fait pression pour que l'État applique la loi, inflige de fortes amendes à toutes les parties impliquées et enlève tous les panneaux illégaux. Malheureusement, ces parents semblent se battre contre l'hydre de Lerne - le mythique monstre marin qui remplace chacune de ses neufs têtes décapitées par deux nouvelles têtes - car à peine un maire a-t-il enlevé quelques panneaux illégaux que d'autres poussent comme par magie !

'Une application iPhone pour dénoncer des panneaux illégaux'

Des militants sont, malgré tout, parvenus à se faire entendre et le gouvernement a annoncé des mesures pour résoudre le problème. D'abord, le ministre des Équipements et des Transports a lancé un site Internet où les citoyens peuvent dénoncer les panneaux illégaux (www.illegalsigns.gov.gr). Ensuite, avec l'accord des policiers chargés de la circulation, des panneaux ont commencé à être enlevés. L'utilisation intelligente des nouvelles technologies peut être d'une aide précieuse. En juillet, une application iPhone a été créée pour permettre de dénoncer rapidement les panneaux illégaux. Mais des milliers doivent encore être enlevés et, si l'on en croit les expériences passées, on peut penser que les panneaux enlevés réapparaîtront dès que l'attention de l'opinion publique se sera portée ailleurs. C'est vraiment un travail d'Hercule."

"Un panneau publicitaire est responsable de la mort de mon fils"

Notre Observateur a rencontré Manolis Stavroulakis, le père de Yiannis Stavroulakis, mort à 25 ans dans un accident de la route en 2005. Sa voiture s'est encastrée dans le pylône d'un panneau illégal. M. Stavroulakis a, depuis, rejoint les parents d'autres victimes pour tenter de poursuivre en justice les propriétaires du panneau.

Il y a chaque année davantage de victimes. Les panneaux sont retirés uniquement s'ils sont à l'origine d'accidents mortels. Ils sont retirés à cause du sang de nos enfants. Le panneau qui a tué mon fils a, par exemple, été enlevé après sa mort.

Quand j'ai commencé à enquêter pour découvrir qui était le propriétaire du panneau responsable de la mort de mon fils, j'ai découvert que la société qui l'a installé, l'entreprise Master, a mis la clé sous la porte. Nous avons essayé de poursuivre le propriétaire, un homme de 80 ans, mais on nous a dit qu'il était trop âgé pour être traîné en justice !

Le panneau était situé dans la ville de Marussi [une banlieue d'Athènes], juste en face du stade olympique. Quand j'ai contacté la municipalité, on m'a tout d'abord dit qu'elle n'avait pas autorisé l'installation de ce panneau, que c'était la responsabilité d'une ville voisine, mais j'ai découvert qu'on me mentait et j'ai réussi à le prouver par la suite. Quand, avec d'autres parents de victimes, nous avons voulu les confontrer à la vérité, on m'a dit de cesser d'enquêter sur ce problème. J'ai reçu des menaces verbales. Le ton est monté et l'un des fonctionnaires municipaux a essayé de me mettre un coup de poing dans la figure. Je me bats depuis cinq ans pour prouver quelque chose d'évident, à savoir que ce panneau publicitaire est responsable de la mort de mon fils."