C’est l’été et pourtant les habitants de la banlieue sud de Tunis ne peuvent profiter de leurs plages. Alors que le front de mer des quartiers huppés est bien protégé, les autorités n’hésitent pas à déverser déchets et eaux usées à quelques pas de chez eux.

Lina Ben Mhenni habite Ezzahra, une des villes de la banlieue sud de Tunis.

En dix ans, les plages de la banlieue sud sont peu à peu devenues infréquentables. La couleur de la mer a viré petit à petit au jaunâtre et une odeur nauséabonde semble s’échapper de l’eau. La situation est telle qu’aujourd’hui j’évite d’ouvrir les fenêtres de la maison, car j’habite à côté de la plage d’Ezzahra.

 

"L’Office National de l’Assainissement des eaux (l’ONAS) déverse depuis des années les eaux usées dans la mer près de nos villes"

Les choses se sont aggravées récemment, en particulier dans la ville d’Hammam-Lif dont les plages sont dans un état inimaginable. Depuis le début de la saison estivale, la mer a commencé à vomir une partie des déchets qui y ont été versés. Car c’est là l’origine de toute l’affaire : l’Office National de l’Assainissement des eaux (l’ONAS) déverse depuis des années les eaux usées insuffisamment traitées dans la mer, près de nos villes. Quelques opérations de nettoyage ont de temps en temps été menées par la mairie, mais elles ont été peu efficaces. Beaucoup ont le sentiment que ces petits efforts ne sont déployés que pour calmer la colère des habitants. Une colère qui est nourrie aussi par le sentiment que la banlieue sud de Tunis, réputée "populaire", est bradée au profit de la banlieue nord, qui devient de plus en plus huppée et touristique, et dont on soigne par conséquent les côtes.

"Chaque fois que l’on tente de prendre des photos ou des vidéos, nous sommes importunés par la police"

En tant qu’habitants de ces villes, nous essayons de nous mobiliser et de sensibiliser le reste de la population à cette catastrophe écologique. Mais, nous rencontrons énormément de difficultés. Chaque fois que l’on tente de prendre des photos ou des vidéos, nous sommes importunés par la police. Pas plus tard qu’hier, des agents ont tenté de me confisquer mon appareil alors que je prenais des photos de la plage d’Hammam-Lif [le maire de la ville soutient pourtant officiellement le mouvement de protestation contre la saleté des plages].

Nous, les habitants des villes, nous avons cessé de nous baigner sur ces plages. Mais des familles venues des quartiers populaires continuent d’y venir. Elles ne se rendent pas compte du danger pour leur santé ! Un pêcheur avec qui j’ai parlé me disait que la mer rejetait depuis quelques temps des poissons morts. Imaginez ce que cela peut provoquer chez ces baigneurs !"

Photos de la plage d'Hammam-Lif

La plage de Hammam-Lif aujourd'hui. Photo publiée sur la page facebook du groupe "Il faut sauver la plage de Hammam-Lif".

Une mer complètement noire. Photo publiée sur la page facebook du groupe "Il faut sauver la plage de Hammam-Lif".

Opération de nettoyage par la mairie de la ville. Photo publiée sur la page facebook du groupe "Il faut sauver la plage de Hammam-Lif".

Les déchets amassés sur la plage. Photo publiée sur la page facebook du groupe "Il faut sauver la plage de Hammam-Lif".

Une partie des déchets jetés dans la mer d'Hammam-Lif. Photo publiée sur la page facebook du groupe "Il faut sauver la plage de Hammam-Lif".