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Affiche placardée à l'entrée d'une grande piscine de Beyrouth sur laquelle on peut lire : "Radios interdites, Appareils photo non autorisés, Accès interdit aux domestiques ". Photo prise par Ali Fakhri publiée sur la page Facebook d'Anti-racism Movement.

Une vidéo tournée en caméra cachée par une association libanaise de lutte contre le racisme montre que les personnes de couleurs ne sont pas autorisées à pénétrer dans plusieurs piscines privées de Beyrouth.

Le 12 juillet, deux militants d'Indy Act accompagnés d’une volontaire malgache se sont présentés à l’entrée d’une piscine privée de la capitale libanaise. À l’accueil, le caissier a demandé aux deux Libanais qui était la personne de couleur qui les accompagnait. Lorsqu’il a appris qu’il s’agissait d’une domestique, il a refusé de la laisser entrer.

Plus de 200 000 travailleurs étrangers, originaires du Sri Lanka pour la plupart, mais aussi des Philippines et d’Éthiopie travaillent comme employés de maison dans des foyers libanais. Selon Human Rights Watch, ils sont régulièrement victimes de comportements racistes et de mauvais traitements.

Caméra cachée dans une piscine privée

"Selon certains patrons, les clients seraient dégoûtés de nager aux côtés d’un noir"

Ali Latifa Fakhri est militant des droits de l’Homme, à Beyrouth, membre d'Indy Act, la Ligue des militants indépendants.

Nous avons décidé de faire cette caméra cachée parce que nous avions reçu peu de temps auparavant plusieurs plaintes concernant des pratiques racistes à l’entrée de piscines privées.

Ce que vous voyez sur cette vidéo n’est pas un cas isolé. Nous avons contacté les directions de plusieurs piscines privées qui ont clairement dit qu'elles n'acceptaient pas les domestiques et les noirs dans leur enceinte. Selon certains patrons, les clients seraient dégoûtés de nager aux côtés d’un noir. Une grande piscine de la capitale demande même à ses abonnés de signer un contrat en vertu duquel sont interdits 'les radios, les appareils photo et les domestiques'.

En tournant cette vidéo, nous avons voulu montrer ce phénomène de grande envergure. Les réactions ont été très positives. Plus de 15 000 personnes ont déjà vu l’enregistrement. De nombreux médias ont évoqué l’affaire et le ministère du Tourisme a annoncé qu’il allait envoyer une commission d’enquête à la piscine.

"Dans les boîtes de nuit, les personnes de couleurs sont également interdites d’accès"

Mais ces pratiques discriminatoires ne concernent pas uniquement les piscines. Dans les boîtes de nuit, les personnes de couleurs sont également interdites d’accès. Plusieurs incidents se sont produits avec des touristes venus d’Europe, d'Amérique ou d’Asie.

Le Liban a, certes, signé la Déclaration universelle des droits de l’Homme mais, à mon avis, en l’absence d’un changement de mentalité et de lois qui punissent ces pratiques discriminatoires, je crains que des incidents dignes des pires moments de l’apartheid ne se produisent dans le pays."

Le contrat d'abonné d'une grande piscine de Beyrouth en vertu duquel sont interdits les radios, les appareils photo et les domestiques. Photo prise par Ali Fakhri et publiée sur la page Facebook d'Anti-racism Movement.

Lorsqu'elles ont le droit d'entrer dans les piscines mais pas de s'y baigner, les domestiques entrent dans la catégorie "Divers", comme sur cette affiche située à l'entrée d'une grande piscine de Beyrouth, qui mentionne les droits d'entrée par "Adulte" (24 000 livres libanaises, soit 12 euros), par "Enfant" (18 000 L.L., soit 9 euros) et par "Divers" (15 000 L.L., soit 7,5 euros). Photo prise par Wissam publiée sur le blog Ethiopian Suicides.