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Photo d'un lévrier pendu extraite d'une vidéo publiée sur YouTube par levrierespagnol le 2 février 2010.

Une pratique de chasse méconnue commence à faire tâche dans le paysage ibérique. Chaque année, des milliers de "galgos", les lévriers utilisés par les chasseurs espagnols, sont livrés à une mort monstrueuse s’ils ne rapportent pas suffisamment de gibiers.

Au moment où, en France, une campagne de prévention contre l’abandon des animaux domestiques a été lancée comme à chaque départ en vacances, l’Espagne recense les victimes de la dernière saison de chasse. Les chiffres peinent à être précis mais on évalue à 20 000 le nombre de "galgos" tués chaque année dans des conditions atroces.

L’Espagne est, à ce jour, le seul pays de l’Union européenne à n'avoir pas encore interdit la "chasse avec des lévriers", une sorte de chasse à courre pendant laquelle les chiens tuent le gibier pour leurs maîtres. Partout ailleurs en Europe, les chiens de chasse sont utilisés uniquement pour rabattre le gibier qui est ensuite abattu par les chasseurs.

A la fin de chaque saison de chasse, les chasseurs espagnols, appelés "galgueros", ont l’habitude de se débarrasser des chiens qui n’ont rapporté aucun gibier. Ce rituel est supposé "laver l’honneur" du chasseur qui "punit" ainsi son chien pour sa mauvaise prestation.

Et pour ce faire, les "galgueros" s’ingénient à faire subir à leurs chiens les pires supplices : pendaison lente, immolation, asphyxie, empoisonnement… Des coutumes condamnées par les associations de protection des animaux qui tentent de trouver des refuges pour lévriers à l’étranger en attendant l’interdiction de ces pratiques sur le territoire espagnol.

"Il faut que l’Union européenne se décide à interdire totalement la chasse avec le lévrier, sans faire d’exception"

Mo Swatek est une ressortissante suisse, vivant en Espagne, entre Tarragone et Barcelone. Elle est la fondatrice de l’association Pro-Galgo.

En Espagne, la chasse avec des lévriers n’est pas une simple tradition mais c’est un sport national, particulièrement dans des régions comme la Castilla-Leon, Castilla La Mancha ou l’Andalousie. Il y a deux types de chasseurs : ceux qui font partie du Groupe national des chasseurs et les particuliers. Et ils arrivent aussi que les chiens soient maltraités ou torturés après une défaite lors d’un tournoi ou d’une compétition, comme c’est le cas pour le coursing [appelé aussi "poursuite à vue"].

Nous avons beaucoup de mal à lutter contre les pratiques dont sont victimes les "galgos" pour deux raisons : d’abord, les autorités sont très laxistes sur le sujet. Si vous voulez dénoncer le meurtre ou la torture d’un animal, la police locale ne lèvera pas le petit doigt, il faudra donc faire appel à la Guardia Civil [gendarmerie nationale] pour espérer une quelconque réaction. Quant à porter l’affaire devant la justice, c’est une autre paire de manche. La deuxième raison c’est que beaucoup d’hommes politiques espagnols sont des amateurs de chasse et ne veulent pas se voir priver de ce plaisir.

Notre association est basée en Catalogne, une région tournée vers l’Europe et connue pour avoir des positions assez progressistes sur de tels sujets. [ Le parlement catalan est en passe de faire voter une loi interdisant la corrida ].

Alors si nous avons du mal, ici, à faire cesser ce genre de pratiques, imaginez ce que cela peut être dans les régions du sud où la chasse est très pratiquée ! Là-bas, les chasseurs sont souvent des personnes influentes et les gens n’osent pas dénoncer un voisin qui torture son chien par crainte pour leur vie ou de voir leur maison brûlée ! Et je n’exagère pas.

Pour mettre fin à ces actes monstrueux, il faut que l’Union européenne se décide à interdire totalement la chasse avec des lévrier, sans faire d’exception. Bien sûr, une telle loi provoquera une vague importante d’abandons, mais cela ne vaut-il pas mieux que la torture ?

Parallèlement à cela, il faut que les autorités prennent la peine de faire des contrôles sanitaires chez les particuliers et notamment les chasseurs. Pour installer notre refuge animalier, nous avons dû faire face à des formalités monstres : demandes d’autorisation, documents administratifs, contrôles sanitaires, etc. Autant de démarches auxquelles les "galgueros" ne sont jamais confrontés. Un tel dispositif est nécessaire pour mettre fin au martyr des lévriers espagnols." 

Un lévrier maltraité recueilli et soigné par l’association Pro-Galgo. Photo prise et envoyée par notre Observatrice Mo Swatek.

Lévrier blessé. Photo prise et envoyée par notre Observatrice Mo Swatek.

Lévrier torturé retrouvé mort dans une caisse en plastique. Photo publiée par Nuria Blanco sur le site de son association Levriers.