Observateurs

À gauche, cours de karaté à Bombay. Photo publiée sur le site "Defense against Rape and Eveteasers Dare". À droite, séance d’entraînement avec le lathi, le bâton traditionnel indien. Photo publiée sur le blog vinimanilli le 26 janvier 2009.

Les Indiennes se mettent au karaté, à la krav-maga israélienne ou au bâton traditionnel. Pas pour se protéger des voleurs, mais pour éloigner les frustrés.

Harcelées dans les rues, les transports en commun, les trains, les centres commerciaux et même les aéroports, les Indiennes ont décidé de réagir. À New Delhi, souvent qualifiée de "capitale du viol", près de 70 000 femmes indiennes se sont inscrites à des programmes d’autodéfense depuis 2002. Certaines de ces formations (arts martiaux, méthode d’auto-défense krav-maga de l’armée israélienne, etc.) sont organisées par des instituts privés, d’autres sont dispensées par des organismes publics, notamment par la brigade de police de New Delhi, contre la violence faite aux femmes.

Pour la seule année 2008, en Inde, le Bureau national du recensement des crimes (NCRB) a répertorié près de 200 000 actes de violence contre les femmes, dont plus de 81 000 cas de torture, 40 000 agressions sexuelles, 22 000 viols et 23 000 enlèvements. Outre ces crimes majeurs, il faut ajouter plus de 12 000 plaintes pour harcèlement sexuel.

Cours d'auto-défense en Inde

Cours de krav-maga à New Delhi. Photo publiée sur ce site.

Des Indiennes participent à des sessions d’auto-défense organisées par la brigade de police de New Delhi pour lutter contre les violences faites aux femmes. Photo reprise du site du minstère de la Défense indienne par le blog cribb.in.

Cours de karaté à Bombay. Photo publiée sur le site "Defense against Rape and Eveteasers Dare".

Des membres de la Gulabi-Gang (la bande des saris roses) qui défend les droits de la femme en Inde lors d’une séance d’entraînement avec le lathi, le bâton traditionnel indien. Photo publiée sur le blog vinimanilli le 26 janvier 2009.

"C’est le message de ces formations qui importe : Ne soyez plus des victimes, réagissez et arrêtez d’avoir peur"

Jasmeen Patheja est la fondatrice de Blank Noise, une organisation qui milite contre le harcèlement sexuel en Inde.

Pendant longtemps, les harcèlements ont été simplement considérés comme des "taquineries", des comportements masculins auxquels devaient s’adapter les femmes. D’ailleurs, l’expression "taquiner Eve" [eve teasing – expression utilisée en Inde pour désigner le harcèlement sexuel] semble indiquer que l’agresseur, ou le harceleur, n’a fait que "taquiner" la fille et qu’il ne lui a causé aucun mal.

Des cours d’auto-défense sont dispensés depuis quelques années dans plusieurs États de l’Inde. Mais au-delà des diverses techniques, c’est le message de ces formations qui importe vraiment : ne soyez plus des victimes, réagissez et arrêtez d’avoir peur.

Nous, à Blank noise, nous réagissons à cette violence autrement, en organisant des performances dans la rue (voir photos ci-dessous). Notre objectif est de débarrasser les femmes de ce sentiment de honte si souvent associé au harcèlement sexuel.

Selon un préjugé bien enraciné en Inde, les filles "bien", les filles décentes, ne sont jamais harcelées sexuellement. Si vous êtes agressée sexuellement, c’est que vous l’avez cherché. A Blank noise, nous avons donc lancé une campagne intitulée 'Je ne l’ai jamais cherché'".

Campagne "Je ne l'ai jamais cherché" contre le harcèlement sexuel en Inde

Campagne de sensibilisation à Calcutta. Sur cette pancarte, on demande aux femmes de laisser leurs empreintes dans la case qui correspond aux violences qu’elles ont subies : regards inquisiteurs, regard fixé sur vos seins, simulation de baisers, conversations non sollicitées, commentaires malvenus, clins d’œil, crachats, attouchements, chatouillement... Photo publiée le 23 février 2010 sur le blog blank noise.

Femme portant la pancarte qui liste les types de harcèlements sexuels auxquels font face les Indiennes. Photo publiée le 23 février 2010 sur le blank noise.

 

Campagne de sensibilisation "Je ne l’ai jamais cherché" pour laquelle on demande aux femmes de faire don du vêtement qu’elles portaient lorsqu’elles ont été harcelées. Photo publiée le 21 février 2010 sur le blog blank noise.

Campagne de sensibilisation à Calcutta. Des vêtements que les femmes portaient lorsqu’elles ont été harcelées. Photo publiée le 23 février 2010 sur le blog blank noise.

"Ma main a glissé"

Publicité indienne contre le harcèlement sexuel. Vidéo publiée sur YouTube par coderedreel le 21 février 2007.