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Photo publiée sur le blog de Dany Awad.

La langue arabe se meurt… voici le message que tente de faire passer une campagne qui investit, depuis quelques semaines, les rues de Beyrouth.

Dans plusieurs quartiers de la capitale libanaise, une lettre arabe "gît" au milieu d’une scène de crime. Sur le périmètre de sécurité, on peut lire l’inscription : "Ne tue pas ta langue".

Parlée par plus de 300 millions de personnes dans le monde, l’arabe est la langue officielle de 23 pays ainsi que de plusieurs organisations internationales (ONU, Ligue arabe, Unesco, OMS, Organisation de la conférence islamique, etc.). C’est également la langue religieuse - que l’on apprend pour lire le Coran - de plusieurs pays non-arabes de culture musulmane (Turquie, Pakistan, Iran, Indonésie, Bangladesh...).

Photo publiée sur la page Facebook de l'association "Fiil Amr".

Photo envoyée par notre Observatrice Suzanne Talhouk.

"Les jeunes pensent que parler arabe n'est pas 'cool' et n’hésitent pas à panacher leurs conversations de mots étrangers"

Suzanne Talhouk est la présidente de l’association "Fiil Amr" (un verbe à l’impératif, ou une action à mener impérativement) qui mène, avec la Fondation de la pensée arabe, une campagne pour protéger la langue arabe.

La langue arabe a été, durant des siècles, la langue de la culture, de la philosophie et des sciences. Mais lorsque le monde arabe s’est affaibli, sa langue aussi a perdu de sa superbe. Aujourd’hui, les Libanais, qui se targuent d’être polyglottes, ont honte de parler l’arabe.

'Hi, kifak ? ça va ?'

Les jeunes pensent que parler cette langue n’est pas 'cool' et n’hésitent pas à panacher leurs conversations de mots étrangers. L’exemple le plus connu est certainement leur façon de vous saluer avec leur 'Hi, kifak ? ça va ?', où 'kifak' est le seul mot arabe.

Aucun Libanais n’envoie de CV rédigé en arabe. Au restaurant, on prend soin de mélanger à notre dialecte arabe des mots étrangers pour faire chic. Enfin en littérature, en poésie ou au théâtre, il y a de moins en moins d’œuvres en arabe.

Le problème commence dès l’école : de nombreux écoliers ont du mal à lire leur langue maternelle. Certains n’hésitent même plus à écrire l’arabe en caractères latins, en langage dit 'sms'.

Ce phénomène d’acculturation ne se limite malheureusement pas au Liban. La quasi-totalité des pays arabes subit l’hégémonie de l’anglais, dans les conversations comme dans les publicités. Seule la Syrie fait encore de la résistance.

'Il suffit pour cela de prendre exemple sur les Français qui dépensent annuellement d’énormes budgets pour promouvoir la francophonie'

Notre langue fait partie intégrante de notre culture. Maîtriser et sauvegarder la langue arabe ne va pas à l’encontre du progrès et de l’ouverture au monde. Il suffit, pour cela, de prendre exemple sur les Français qui dépensent annuellement d’énormes budgets pour promouvoir la francophonie.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’une seconde renaissance arabe [une première renaissance arabe, appelée la Nahda, avait été engagée au XIXe siècle par les Libanais et les Égyptiens]. Le Liban, qui a toujours été le porte-drapeau des réformes en matière de langue, doit à nouveau mener ce mouvement.

Notre campagne sur les scènes de 'crime linguistique' est bien accueillie, ce qui nous laisse présager une très forte participation au premier festival de la langue arabe que nous organisons à Beyrouth, le 26 juin prochain."

La campagne pour la sauvegarde de la langue arabe à Beyrouth

Photo publiée sur la page Facebook de l'association "Fiil Amr".

Photo publiée sur la page Facebook de l'association "Fiil Amr" .

Photo publiée sur la page Facebook de l'association "Fiil Amr".

Poster de la campagne pour la sauvegarde de la langue arabe. Image publiée sur Facebook.

Les difficultés de lecture ne concernent pas que les écoliers

 

 

Le Premier ministre libanais Saadeddine Hariri moqué pour ses difficultés à lire son discours devant le Parlement, lors de la séance du vote de confiance. Montage posté sur YouTube par libneni.