Photo de la côte des Abruzzes postée sur Flickr par Vito Manzari.

Malgré le risque d’une catastrophe écologique, Berlusconi veut autoriser les forages pétroliers à cinq kilomètres au large des Abruzzes. En cas d’accident, les fuites de pétrole souilleraient plus rapidement les côtes que lors de la marée noire du golfe du Mexique.

Du pétrole brut a été découvert par le géant pétrolier italien ENI en 2001 sous les oliviers, les montagnes et les plages des Abruzzes, une région réputée jusqu’ici pour son vin. Le groupe a mis au jour plusieurs sites potentiels de production de pétrole sur terre et en mer, et a obtenu en 2007 le permis d’exploiter une raffinerie de pétrole dans la ville côtière d’Ortana.

Une fois informés du projet, les habitants des Abruzzes ont fait pression sur leurs politiciens pour refuser la raffinerie. Après plusieurs années de bataille, la société ENI a finalement admis sa défaite en mai dernier.

Dans le même temps, trois filiales d’autres sociétés – Petroceltic, Cygam et Mediterranean Oil and Gas (MOG), ont obtenu des permis de forage offshore, à cinq kilomètres à peine du littoral. Le gouvernement a ignoré les appels à la révision du contrat par les habitants, en dépit du sinistre avertissement de la marée noire dans le golfe du Mexique.

Les filiales concernées

  • Vega Oil – une filiale de Cygam Energy Incorporated, Canada. La plateforme Elsa-2 sera située à 7 km au large de la côte des Abruzzes et le forage se fera à 4 700 mètres de profondeur. Elle doit ouvrir à la fin de l’année.
  • Petroceltic Elsa – une filiale de Petroceltic International, Irlande. Le contrat de 29 millions d’euros permettra à Petroceltic de mener des forages sur la plateforme Elsa-2 une fois qu’elle sera ouverte.
  • Medoilgas Italia – une filiale de MOG, Royaume-Uni. Elle devrait commencer l’exploitation d’une plateforme à 5 km et mettre en place une usine de désulfuration à 9 km d’ici la fin 2010. MOG a mis ce projet entre parenthèses le 15 mars en réponse aux protestations féroces.

"Le poumon de l'Europe ne doit pas devenir un puit de pétrol"

Raffaella Cartledge est originaire des Abruzzes et vit actuellement à Londres. Elle revient en Italie pour participer aux manifestations.

La société ENI n’a pas pu exploiter les gisements sur terre car il aurait dû obtenir l'accord du gouvernement régional. Cependant, en ce qui concerne les permis offshore, la région ne peut rien faire parce que la mer dépend du gouvernement central.

Quand il s’agit de protéger l’environnement, l’Italie semble inefficace. Les compagnies pétrolières ont le droit de forer à deux kilomètres des côtes, alors qu’aux États-Unis, c’est à 160 kilomètres. Les différents projets de plateformes vont endommager nos parcs marins naturels. Si jamais la côte devait être détruite, la région mourra.

C’est particulièrement grave pour nous dans le Sud et ce n’est pas la première fois que le Nord nous exploite, pour des contrats de forage ou le retraitement de déchets toxiques. Je pense que c’est parce que le Nord est plus riche et que les gens dans le Sud n'ont pas conscience de l'enjeu. En plus, Berlusconi vient du Nord…

Les habitants des Abruzzes sont en colère. Je ne crois pas qu’il y ait une seule personne dans la région qui désire avoir une plateforme pétrolière ici, sauf bien sûr ceux qui s’apprêtent à en tirer un avantage financier. Nous avons le soutien de WWF et de l'organisation environnementale Legambiente. Même les hommes politiques – sauf le gouverneur de la région Gianni Chiodi, qui a été nommé par Berlusconi – sont contre l’idée.

Notre héroïne est Maria Rita d’Orsogna : nous la surnommons la Erin Brockovich [activiste de l'environnement, connue pour avoir révélé une affaire de pollution des eaux potables en Californie] des Abruzzes. C’est une scientifique originaire de la région, qui habite désormais en Californie, et qui a fait beaucoup de recherches sur les propositions faites par les compagnies pétrolières. Elle poste les résultats de ses recherches sur son blog. Elle a réfuté les allégations affirmant que l’environnement ne serait pas affecté, et porté à l’attention des scientifiques que le forage dans des zones sismiques peut provoquer des tremblements de terre. C’est en effet une zone très sismique : un tremblement de terre à L'Aquila l’an dernier a fait 300 morts.

Plusieurs manifestations assez impressionnantes ont déjà eu lieu. Des politiciens locaux ont pris la parole. Pourtant, le gouvernement reste muet. Il n’écoute tout simplement pas."

Jeunes et vieux manifestent dans les rues

La dernière manifestation le 30 mai 2010. Images filmées par Raffaella Cartledge.

La banderole jaune du réseau d'associations Urgence Environnement des Abruzzes (Emergenza Ambiente Abruzzo), fortement impliqué dans la campagne contre les forages. Photo par Raffaella Cartledge.

"Je tiens mes promesses, la raffinerie ne sera pas construite à Ortona.".(Référence à une déclaration faite par le gouverneur de la Région,Gianni Chiodi.)

Sur la carte postale géante,on peut lire "Bonjour des Abruzzes". Au dos de la carte, les mots "santé", "économie", "tourisme" et "agriculture" sont barrés.

"Plus de vin, moins de pétrole".

Photos postées sur le groupe Facebook "Comitato Abruzzese per la Difesa dei Beni Comuni". 

La côte des Abruzzes aujourd'hui

Photo postée sur Flickr par "rogilde - roberto la forgia".