Photo postée sur neweurasia.net le 13 juin.

Les violents affrontements entre la population kirghize et la minorité ouzbèke ont fait plus d’une centaine de morts et 1500 blessés dans la ville d'Och et dans le sud-ouest du Kirghizstan. Voici le récit de nos Observateurs dans cette ville, l’un kirghiz, l’autre ouzbek.

Depuis que les violences inter-ethniques ont éclaté jeudi soir, des dizaines de milliers d’Ouzbeks ont fui vers l’Ouzbékistan voisin. Dans la ville d'Och, épicentre de la violence, des cadavres jonchent les rues et des centaines de voitures et de maisons ont été abandonnées.

Nul ne sait pour l’instant ce qui a mis le feu aux poudres mais, lundi, les autorités kirghizes ont déclaré avoir arrêté une "personne connue" qu’elles soupçonnent d’avoir fomenté les émeutes. Le gouvernement par intérim du pays – arrivé au pouvoir après la destitution du président lors des émeutes d’avril – a demandé l’intervention de Moscou, samedi. Le gouvernement russe a, pour le moment, rejeté cet appel.

Images amateur de Och

AVERTISSEMENT – CES IMAGES PEUVENT CHOQUER

Les Ouzbeks alignent des dizaines de cadavres. Vidéo postée sur YouTube par "MrMspojke" le 13 juin 2010.

La ville d'Och en flammes. Vidéo postée sur YouTube par "imediasub" le 12 juin 2010.

"On ne peut pas quitter le quartier pour chercher de la nourriture et des médicaments parce que nous avons peur de nous faire tuer"

Araz (pseudonyme) est un jeune Ouzbek d'Och.

Je me cache à Mahalya [un quartier ouzbek du centre, NDLR]. Il n’y a ni gaz ni électricité ici. Pas de nourriture. Aucun médicament. Nous avons entendu dire que le gouvernement et des bénévoles de Bichkek distribuaient des vivres, mais personne ne nous a rien apporté. Et nous ne pouvons pas quitter le quartier parce que nous avons peur de nous faire tuer.

Je suis un citoyen kirghiz. C’est ma ville, mon pays. Je suis là pour défendre mes proches et mes biens. Je n’ai pas l’intention de partir. Les femmes, les enfants et les personnes âgées ont été emmenés dans les villages ouzbeks près de la frontière avec le Kirghizstan, mais en tant qu’homme, je dois rester.

Ces affrontements ont été organisés. Où ces gens ordinaires ont-ils pu trouver des armes ? D’où viennent ces snipers ? Pour moi, c’est un génocide organisé.

L’armée n’est pas du tout neutre. Les soldats et les policiers n’ont rien fait quand les quartiers ouzbeks ont été détruits – ils ont laissé de jeunes Kirghiz piller et détruire les propriétés des Ouzbeks. Un autre exemple : nous avions bloqué les entrées de notre quartier pour empêcher les pillards et les tueurs d’y entrer. Mais l’armée est venue détruire les barricades avec ses véhicules blindés. Après ça, comment peuvent-ils prétendre être là pour nous aider ?"

"Je crois que l’armée est neutre"

Alymbek est kirghiz et membre du Club des jeunes libéraux d'Och.

Je me suis réfugié dans un village près d'Och dès le premier jour du conflit. Mais je peux revenir dans le centre facilement – aujourd’hui, je suis par exemple allé chercher des proches et je les ai ramenés avec moi. Je dirais que la situation revient à la normale. L’armée et les services de sécurité – que je considère neutres – prennent des mesures pour disperser les jeunes et les pillards.

Nous ne savons pas qui est derrière ces affrontements. Mais des armes ont été utilisées pour attiser les tensions inter-ethniques. Et ça a marché – quand les rumeurs ont commencé à se répandre, les Kirghiz ont commencé à attaquer les Ouzbeks et vice-versa. La situation a empiré quand les Kirghiz de petits villages sont arrivés en ville pour se venger."

Une ville divisée

Les gens inscrivent "Kirghiz" sur leurs voitures pour éviter les attaques. Image postée sur neweurasia.net , le 13 juin 2010.

Ce magasin vert a été tagué "Sart" (un terme péjoratif pour "Ouzbek"). Le magasin rouge et blanc a été marqué "Kirghiz". Image postée sur neweurasia.net, le 13 juin 2010.