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Un Malien du nord devant son troupeau de bêtes, décimé par la sécheresse. Photo de Basinas.

Le nord du Mali connaît actuellement une sécheresse dévastatrice. La région de Kidal, réputée pour sa faible pluviométrie par rapport au reste du pays, est particulièrement touchée. Il n’y a plus assez d’eau pour les populations, ni pour les animaux. Selon un bilan récent de l’ONG Azhar, 90% du cheptel est menacé de mort. Dans le même temps, le gouvernement malien en profite pour écouler de vieilles graines qu'il avait en stock, sous couvert d'aide alimentaire.

À présent, les familles tentent de survivre en ralliant les villes. Dans les mémoires, la grande sécheresse de 1973-74 qui avait touché 38% de la population et tué les 2/5 du cheptel malien.

Toujours selon l’ONG Azhar, 160 tonnes de mil ont été distribuées fin avril à Tessalit, 120 tonnes à Aguel’hoc, la FAO distribue de la nourriture dans les écoles de brousse pour les femmes et les enfants. Le Sénégal et le Burkina-Faso ont aussi envoyé des vivres.

Merci à notre Observateur, Acharatoumane Moussa, pour son aide sur ce billet.

"Le gouvernement a envoyé au nord d'anciennes céréales qu'il avait en réserve"

Basinas (pseudonyme) est un journaliste malien. Il vit à Kidal au nord-est du Mali.

J’ai pris ces photos le 27 et 28 avril dernier. Depuis 6 mois, le nord du Mali n’a pas connu de pluie. Les régions de Tombouctou, de Gao et surtout de Kidal à la frontière avec l’Algérie sont frappées par la sécheresse. Selon le gouverneur de la région, les bergers auraient perdu plus de 4 000 animaux notamment des brebis, des chèvres, des vaches et des chameaux. Or les Touaregs qui peuplent cette région dépendent de ces animaux pour leur survie. Le lait et la viande dont se nourrissent essentiellement les Touaregs commencent à manquer et de nombreux cas de malnutrition, notamment chez les enfants, ont déjà été signalés.

À son habitude, le gouvernement a fait appel à l’aide et aux dons. Des organisations gouvernementales et non gouvernementales ont répondu favorablement à sa demande en envoyant des aides financières ainsi que du fourrage et des céréales notamment du mil. Les aides alimentaires ont été centralisées dans la capitale Bamako au sud du pays.

Mais un ami douanier à Mopti, à 650 km de Bamako, m’a affirmé que les camions chargés de céréales sont partis de sa ville et non de la capitale. Le gouvernement aurait stocké les nouvelles graines à Bamako et envoyé au nord des céréales plus anciennes qu’il avait en réserve. Cette attitude de la part du gouvernement ne surprend pas. Les habitants du nord, notamment les Touaregs, font régulièrement face à des attitudes discriminatoires que ce soit dans la distribution des aides ou à l’embauche."

Aguel'hoc en pleine sécheresse

Notre Observateur nous a fait parvenir des photos d'Aguel'hoc qu'il a prises fin avril.