La ville péruvienne de Cerro de Pasco, située à plus de 4 300 mètres d'altitude, est peu à peu grignotée par une mine à ciel ouvert. À tel point qu'elle semble aujourd'hui posée au bord d'un gouffre.

Appelée par les conquistadors espagnols  "cité royale des mines", Cerro de Pasco a vu la moitié de son centre ville dévoré par les travaux miniers. À chaque détonation, la mine progresse inexorablement. La carrière, d'où sont extraits du zinc, du plomb et du cuivre, fait désormais 1 900 mètres de large et 380 mètres de profondeur.

La terre et l'eau autour du village sont par ailleurs contaminées par du plomb. Neuf enfants sur dix ont un taux de métaux lourds dans le sang trop élevé. Afin de protéger la population, le Congrès péruvien a approuvé un projet qui prévoit la construction d'une nouvelle ville, mais elle ne verra le jour que dans 15 ans...

Les entreprises minières semblent toutes puissantes. À la fin de 2008, la municipalité a accordé à la compagnie minière Volcan 11,3 hectares de terres supplémentaires en plein centre ville, acceptant la disparition de la place principale et de son église coloniale. L'entreprise avait menacé de fermer la mine si ces terrains ne lui étaient pas accordés, laissant 4 000 personnes sans travail.

"La majorité des habitants de Cerro de Pasco ne se plaint pas, parce qu'elle a un emploi grâce à la mine"

Sander Otten est néerlandais. Il travaille depuis deux ans avec la Confédération nationale des communautés du Pérou affectées par le travail des mines(CONACAMI).  

À Cerro de Pasco, l'oxygène manque et les maux de tête vous rappellent qu'on est dans l'une des villes les plus hautes du monde. Alors, pourquoi près de 70 000 personnes acceptent de vivre dans des conditions si difficiles ? En raison de la grande mine à ciel ouvert qui les nourrit, même si elle détruit aussi, peu à peu, leur ville et met leur santé en danger.  

Chaque année, une partie de la population doit déménager pour permettre l'élargissement du site minier. Une énorme quantité de débris s'amoncelle en outre à coté des maisons, notamment du plomb, ce qui provoque des maladies. Il y a également un sérieux problème d'eau : l'entreprise qui exploite les mines utilise 80 % de l'eau potable disponible, alors que la population n'a que deux heures d'accès à l'eau par jour. Cependant, c'est vrai que la majorité des habitants de Cerro de Pasco ne se plaint pas, parce qu'elle a un emploi grâce à la mine. "

 

 

Photos : Sander Otten.