Observateurs

Des sénateurs américains passent en ce moment au grill les dirigeants du géant pétrolier britannique BP, responsable de la marée noire dans le golfe du Mexique. Les représentants américains iront-ils jusqu'à s'interroger sur la responsabilité de leur précédent gouvernement ? Car l'administration Bush avait envisagé de rendre obligatoire les "vannes de sécurité à déclenchement acoustique" sur les plateformes pétrolières, un dispositif qui aurait empêché le désastre actuel, avant de finalement déclarer que ces précautions n'étaient pas nécessaires.

Près d'un mois après l'explosion sur la plateforme pétrolière "Deepwater Horizon", BP n'a toujours pas trouvé de solution pour colmater la fuite de pétrole. A l'origine, les gardes-côtes avaient annoncé que 1 000 barils s'échappaient quotidiennement de la plateforme, mais ce chiffre est aujourd'hui officiellement passé à 5 000.

Le 5 mai, le gouvernement a mis en place un corridor marin dans lequel la pêche est désormais interdite. Le lendemain, la marée noire touchait les îles Chandeleur, à moins de 100 km des côtes de Louisiane.

BP a tenté sans succès de colmater la fuite en utilisant un dôme de confinement et a annoncé ce jeudi qu'elle allait retenter la même procédure avec un dôme plus petit. L'entreprise a déjà répandue 1,5 million de litre de "dispersants", des produits chimiques censés réduire le pétrole en petites particules, afin d'évacuer naturellement la nappe. Les écologistes affirment que ce remède détruit la vie marine.

Des responsables de BP, Transocean et Halliburton, les trois entreprises impliquées dans cette marée noire, ont été entendus mardi par des sénateurs. Dans le cadre de cette audience, ils ont admis avoir eu connaissance d'une anomalie sur la plateforme pétrolière quelques heures avant l'explosion. Leur délai de réaction est donc pointé du doigt par les sénateurs.

"Les politiques gagnent beaucoup d'argent avec les compagnies pétrolières et leur sont donc redevables"

John Wathen est un militant environnementaliste. Il vit à Tuscaloosa, en Alabama. Il a survolé et filmé la nappe de pétrole, le 7 mai. Il a posté la vidéo sur son blog :  Gulf Oil Slick.

Il y a assez de pétrole dans la mer pour recouvrir les côtes de la Floride au Texas. En termes de superficie, cette marée noire dépasse largement toutes celles que nous avons pu connaître auparavant, et j'inclus celle de l''Exxon Valdez' [pétrolier américain échoué en 1989 sur les côtes de l'Alaska]. Il n'y a simplement pas assez de barrages flottants dans le monde entier pour endiguer une telle quantité de pétrole.

Ils disent que 5 000 barils sont déversés tous les jours, mais ils n'ont aucun moyen de le prouver. Pour donner un chiffre précis sur la quantité déversée chaque jour, il faut l'inventer. Le personnel de BP, les gardes-côtes, ainsi que tous ceux qui diffusent des informations à ce sujet participent délibérément à une campagne de désinformation.

Et jeter des dispersants est une grave erreur. Premièrement, le produit [Corexit, qui  contient du solvant 2-Butoxyéthanol] est un vrai danger pour la vie marine. Deuxièmement, il disperse certes les particules du pétrole, mais ces dernières finissent par tomber au fond des mers, là où naît la vie marine ! 

George Bush et Dick Cheney, responsables ?

Si de tels évènements arrivent c'est parce que les politiques gagnent beaucoup d'argent avec les compagnies pétrolières et leur sont donc redevables. Les États-Unis est le pays le plus avancé technologiquement au monde. Mais nous n'assurons pas la sécurité de nos plateformes pétrolières en les équipant de vannes de sécurité à déclenchement acoustique. Les entreprises du golfe Persique ou de Norvège en sont équipés [au Brésil et en Norvège ce système est obligatoire], mais pas aux États-Unis.

 

Tout ça parce que l'administration de George W. Bush et de Dick Cheney a autorisé que l'on passe à la trappe ces mesures de sécurité [les États-Unis envisageaient de rendre ce système d'alerte obligatoire il y a quelques années, mais le Minerals Management Service (MMS), très lié à l'industrie pétrolière, a décidé que ces installations, qui coûtent 500 000 dollars (400 000 euros) chacune, n'étaient pas des dépenses indispensables.

Les catastrophes potentielles

Ce désastre n'est pas simplement américain, il est international. Si - ou plutôt quand - la marée noire rencontre le courant du Gulf Stream, elle se déplacera vers l'océan Atlantique. Ce qui signifie qu'elle touchera le parc national des Everglades, en Floride, la Jamaïque, les Bahamas, Cuba, etc. 

L'autre risque, c'est que la couche supérieure et les bords de la nappe s'évaporent et retombent sous forme de pluie sur nos côtes.

Pire encore : un ouragan - nous entrons dans la période des ouragans - pourrait disperser le pétrole à l'intérieur des terres. La zone des dégâts après le passage d'un gros ouragan s'étend sur une trentaine de mètres et s'élève à 10 mètres de haut. Si les débris sont recouverts de pétrole brut et qu'ils prennent feu, nous aurons des décombres en feu sur nos rivages.

La qualité de la vie et la sécurité dans le golfe du Mexique a été compromise pour que BP fasse davantage de profits."