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Alors que la Grèce tente d’obtenir de l’UE et du FMI un prêt de toute urgence pour sauver son économie, tous les regards sont tournés vers ce pays, considéré comme le mauvais élève de l’Europe. Nos Observateurs grecs se sentent "humiliés" et "en colère" d’être considérés comme les "moutons noirs" de l'Union.

La Grèce s’est engagée dans une course contre la montre. Objectif : payer une échéance de 8,5 milliards d’euros avant le 19 mai. La perspective d’une faillite générale a poussé Athènes à demander l’activation d’un plan d’aide de l’Union européenne et du FMI estimé à près 45 milliards d’euros. Ce programme de soutien consiste en une succession de prêts avantageux sur trois ans visant à assainir les finances publiques grecques.

Mais cette volonté de débloquer les fonds se heurte pour l'instant à l’intransigeance de Berlin qui demande un "plan d’économies crédibles". La sortie de la Grèce de la zone euro est même évoquée de plus en plus régulièrement par une partie de l’élite allemande.

Plusieurs hommes politiques européens accusent la chancelière allemande Angela Merkel de souverainisme économique pour des raisons de politique interne. "L’Allemagne peut emprunter à 3 % et elle re-prête à la Grèce à 5 %. L’Allemagne gagne de l’argent sur le dos des Grecs!" s’est exclamé le député européen Daniel Cohn-Bendit sur l’antenne de France Info.

"Sur place, on n’a pas du tout l’impression de vivre dans un pays en faillite"

John Paraskevas est un ancien banquier résidant à Athènes. Il travaille actuellement pour une société de télécommunications.

Je ressens vraiment un sentiment d’humiliation. Les marchés demandent un taux d’intérêt à 9 % pour prêter à la Grèce, comme si on était au même niveau de développement qu’un pays d’Amérique latine comme le Costa Rica. C’est surtout embarrassant quand on voyage à l’étranger. J’ai récemment rencontré une Américaine à Dubaï qui m’a dit qu’elle était "désolée" pour la Grèce. Partout on nous considère comme le mouton noir de l'Europe !

Tout cela donne l’impression d’un pays qui a sombré dans le chaos, alors que sur place, on n’a pas du tout l’impression de vivre dans un pays en faillite. D’ailleurs, le risque d’une explosion sociale est complètement exagéré par la presse étrangère. C’est vrai que les manifestations en Grèce ont l’air impressionnantes... Mais 200 personnes qui plongent le centre-ville d’Athènes dans le chaos en bloquant une artère principale, j’ai vu ça des millions de fois.

La plupart des gens ne sont pas familiers avec les questions de taux d’intérêt et peu sont donc conscients que l’Allemagne peut gagner de l’argent en nous aidant. Mais il ne faut pas oublier les risques que l’Allemagne prendrait en finançant ainsi la Grèce... Entre nous, est-ce que vous prêteriez de l’argent à l’Etat grec à un taux d’intérêt de 3 %? Personnellement, ça serait hors de question!"

"Ce sont les Grecs les plus vulnérables qui vont payer pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables"

Dafni Anesti est une étudiante résidant à Athènes. Elle a participé au mouvement de protestation de l’hiver dernier.

Ce n’est pas de la honte que l’on ressent, mais plutôt de la colère. Il n’y a aucune raison d’avoir honte de cette aide financière car nous, les citoyens grecs, n’avons rien fait de mal. Nous sommes surtout en colère contre le gouvernement - et tous les gouvernements précédents qui nous ont amenés là où nous sommes.

 

Ce que je trouve vraiment injuste dans cette histoire, c’est qu’on va demander aux Grecs les plus vulnérables de payer pour quelque chose dont ils ne sont pas responsables."