Observateurs
La police nigérienne a arrêté, lundi, plus de 600 personnes lors d'une opération "coup de poing" menée à Niamey. Objectif affiché : "Eradiquer le banditisme et les vols en forte recrudescence". L'un de nos Observateurs sur place affirme au contraire que le motif de ces interpellations est politique.

Dimanche, une douzaine de personnalités proches de l'ex-président déchu Mamadou Tandja avaient déjà été arrêtées. Les personnes interpellées, parmi lesquelles figurent plusieurs ministres, sont accusées de mener des "activités subversives".

La police affirme qu'il n'y a aucun lien entre les deux opérations et que la seconde visait des quartiers de Niamey réputés pour leur insécurité.

"Aujourd'hui, plus personne n'ose s'exprimer librement au Niger"

Moe Green (pseudonyme) est nigérien. Etudiant en gestion économique à Marrakech, au Maroc, il est rentré rejoindre sa famille à Niamey, le 18 février,jour du coup d'Etat qui a renversé le président Mamadou Tandja. Moe Green se définit comme apolitique.

Le coup d'Etat contre Mamadou Tandja a été organisé par une petite minorité de militaires, qui n'a absolument pas le soutien de l'armée entière. Il ne faut pas oublier que Tandja est un militaire avant tout, et une partie des forces armées lui reste fidèle. Sachant cela, et parce qu'ils se sentent menacés, les membres de la junte réagissent de deux façons : premièrement, ils diminuent les responsabilités des militaires pour tenter d'affaiblir l'armée, et deuxièmement, ils arrêtent les personnes qui émettent le moindre signe de contestation contre le régime.

La junte a beau évoquer des motifs 'sécuritaires', en prétextant un 'complot contre le régime' pour les anciens ministres arrêtés ce week-end, ou une opération 'coup de poing' contre la délinquance pour justifier la vague d'arrestations à Niamey, on se rend bien compte que ce sont tous des sympathisants connus de Tandja qui sont actuellement sous les verrous. Aujourd'hui, plus personne n'ose s'exprimer librement au Niger. Les médias s'autocensurent, la tension à Niamey est palpable : il y a un couvre-feu à partir de 23 heures, des barrages et des contrôles d'identité réguliers. Une grosse vague d'arrestations a eu lieu hier soir à Yantala, un quartier connu pour ses rassemblements d'opposition.

Je pense que la junte se décrédibilise avec ce type d'action. Si une partie de la population a pu croire, durant un temps, qu'elle œuvrait pour le bien du pays, aujourd'hui de moins en moins de gens acceptent ces arrestations arbitraires. Je crains que la situation dans le pays ne dégénère : les premières manifestations contre le régime commencent à apparaître, et la junte pourrait riposter avec de nouvelles arrestations."