Que faire avec 4 000 copies de "La Bible de l’homme blanc", "La Guerre sainte raciale" et d’autres opus de la littérature raciste du même acabit ? Les brûler ? Un centre des droits de l’Homme aux Etats-Unis a trouvé une solution originale à ce dilemme en remettant ces pamphlets racistes à des artistes. Le résultat est surprenant...

En 2003, le réseau des droits de l’Homme du Montana a été contacté par un ancien membre du Mouvement de la créativité, un groupuscule extrémiste qui s’est installé dans le Montana dans les années 70 et qui prêche une religion exclusivement réservée aux Blancs...

Ce repenti du groupuscule raciste demandait 300 dollars en échange de 4 000 livres d’extrême droite afin, disait-il, de quitter définitivement le Montana. Le réseau des doits de l’Homme du Montana a acheté ces ouvrages, pour les retirer de la circulation, mais s’est du coup retrouvé avec plusieurs milliers de pamphlets d’extrême droite sur les bras...

Après plusieurs années à moisir au siège du centre, les livres ont finalement été donnés à des artistes désireux d’utiliser de la littérature d’extrême droite pour leur travail. Le résultat est l’exposition "Speaking volumes: Transforming hate", actuellement en tournée dans des musées dans l’Etat du Montana.

"La Bible de l'homme blanc" et d'autres pamphlets racistes avant leur transformation. Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Kristin Casaletto. “CondamNation”. Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

"Ce serait plus facile de les brûler, mais ça ne serait pas bien. On ne doit pas museler la littérature"

Cathy Weber est une artiste qui vit à Dillon, au Montana. Elle a participé à l’organisation de l’exposition ; son travail "Guerre sainte sacrée" fait partie des œuvres exposées.

Ce serait plus facile de les brûler, mais ça ne serait pas bien. On ne doit pas museler la littérature… Brûler des livres, c’est ce que font les régimes qui censurent. En tant qu’artiste, l’idée de mettre la main sur ces objets tabous et de les détruire méthodiquement était une expérience saisissante. L’idée était de transformer ces horribles vecteurs de haine en un message d’ouverture et de justice.

Certains artistes ont eu une réaction de rejet viscéral pour ces pamphlets. Une artiste les a laissés plusieurs jours sur sa véranda avant d’être capable de les amener à l’intérieur. Il y a plusieurs moyens de transformer ces livres. Une artiste, Jane Wagoner Deshner, a cousu des chapeaux pour ces livres afin de désamorcer leur message de haine avec des petits objets adorables. Une autre artiste, Billie Lynn, a lavé et relavé ces livres jusqu’à ce que les pages en deviennent complètement illisibles.

Jean Grosser a utilisé des fragments de ces livres pour en faire des petits sanctuaires pour les photos de membres de sa famille morts dans les camps de concentration nazis. L’idée que les mots de ces pamphlets servent désormais de sanctuaire religieux pour ses proches me fait frissonner...

Je pense que, en tant qu’artistes, nous avons réussi notre coup. C’est presque comme si on pouvait voir les œuvres littéralement saisir les spectateurs. Un peu comme si une main sortait de notre travail pour agripper l’audience et la saisir à la gorge. C’est clairement une exposition qui ne laissera personne indifférent."

Lei Curtis. "Superieur". Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Jean Grosser. “Memorials”. Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Tom Foolery. “Fool school”. Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Ariana Boussard-Reifel et Dana Boussard. “Entre les lignes”. Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Marc Morris & Shelley Murney. "La voile de la haine". Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Billie Lynn. "Lessiver la haine". Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.

Cathy Weber. "La Guerre sainte raciale". Photo reproduite avec l'autorisation de Katie Knight.