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Destruction rituelle de robes de mariage pendant une "divorce party". Photo postée par Kris Krug on Flickr.

Un phénomène original a fait son apparition dans les pays où les divorces sont devenus un évènement banal : celui des "divorce parties". Pourquoi pleurer un mariage raté quand on peut fêter son divorce ?

Venues des États-Unis, les "divorce parties" sont de plus en plus populaires en Europe. Restaurants branchés, lofts, et caves voutées se sont mis au goût du jour en proposant leur espace pour organiser des fêtes déjantées, où les heureux divorcés peuvent enterrer leur mariage au cours d’une soirée bien arrosée. Au menu des festivités : des pièces montées où est représentée la mort violente de l’ancien partenaire, avec du coulis de framboises en guise de sang, des robes de mariée rituellement déchirées, des photos-souvenirs brûlées, et des fêtardes qui déterrent leur vie de jeune fille avec des t-shirts proclamant qu’elles sont "libres comme l’air".

Des agences spécialisées épaulent les néo-divorcés dans l’organisation de leur "cérémonie de divorce" et des photographes sont là pour immortaliser le moment. Même si les femmes constituent l’essentiel du marché des "divorce parties", de plus en plus d’hommes se prennent à célébrer la fin de leur mariage et leur nouveau départ.

Les jours où le divorce était tabou ne sont plus d'actualité. Le mannequin britannique Katie Price a fait les gros titres de la presse people en juin dernier avec une "divorce party" géante de 12 heures à Ibiza. Quant à l’actrice américaine Shanna Moakler, elle a fêté son divorce avec une pièce montée où la figurine de la mariée pousse celle de l’époux dans le vide. Avec le phénomène des "divorce parties", les séparations ont dépassé le cadre restreint des avocats et des psychothérapeutes pour devenir un marché lucratif : agences matrimoniales post-séparation, abondante littérature destinée aux nouveaux divorcés et listes de cadeaux de divorce proposées par de grandes enseignes.

Au-dessus, une publicité pour une agence organisant des "divorce party" au Texas. Postée ici.

Postée sur Flickr par "wwhyte 1968", le 8 octobre 2008.

"Mon divorce est la meilleure preuve d’amour que je me sois donnée depuis très longtemps"

Alexis Flanagan, thérapeute holistique (médecine non-conventionnelle) originaire de Washington DC, a célébré son divorce en 2008 après dix ans de mariage.

Après un long et difficile divorce, ça a été une véritable délivrance de retrouver ma liberté. Récupérer mon nom de jeune fille était particulièrement symbolique. J’étais si heureuse que j’étais incapable de cacher ma joie en sortant du tribunal des divorces ! Le soir même, j’ai retrouvé les amis et les membres de ma famille qui m’ont supportée dans cette épreuve, principalement des femmes, mais aussi quelques hommes, pour fêter cette délivrance. On était dans un pub local et personne n’a jugé la situation inappropriée : ils m’ont vue lutter pendant trois ans pour obtenir la légalisation de cette séparation. Par un coup du hasard, il y avait un groupe d’avocats spécialisés dans les divorces dans le même bar et on a tous sympathisé autour d’un verre.

Mon divorce est la meilleure preuve d’amour que je me sois donnée depuis très longtemps. Je pouvais enfin réévaluer ce qui était vraiment important dans ma vie. Ça ne m’avait pris que deux ans de mariage pour réaliser que ce n’était pas ce que je voulais… Mais je suis resté coincée dans ce mariage empoisonné pendant dix ans, dont presque quatre années à naviguer dans le système juridique du Maryland, qui rend les divorces si compliqués.

Après toutes ces épreuves, je me suis sentie libérée et c’était clair qu’il fallait fêter ça ! J’ai pris de la distance avec la congrégation religieuse qui m’a incitée à prolonger cette désastreuse relation et, avec le recul, j’ai l’impression que mon divorce m’a indirectement menée à ma profession actuelle. Je suis thérapeute holistique, une discipline qui encourage les gens à prendre leurs propres décisions.

Est-ce que je trouve l’industrie du divorce vulgaire ? Je vois bien le côté opportuniste des professionnels qui capitalisent sur le divorce et j’ai refusé ce genre de choses. Mais ça aide vraiment de normaliser le divorce dans notre société. Personne ne s’engage sérieusement dans une relation en se disant que ça va échouer… Je pense qu’il est nécessaire de dédramatiser et de reconnaître la réalité du divorce. Je ne blâmerai jamais des personnes qui fêtent leur divorce et reprennent le contrôle de leur vie.

Du coulis de framboises en guise de sang

Photo postée sur Flickr par "cdgleason", le 24 avril 2009.

 

 

Postée par "Yummies 4 Tummies", le 15 août 2008.

Postée par "samlevin", le 16 septembre 2009.

 

 

Postée par Luiz. C., le 26 septembre 2009.