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Une femme voilée, une carte de France recouverte du drapeau algérien, des minarets en forme de missiles et un "non" franc à l'islamisme. Voici l'affiche placardée par le Front national (FN) dans toute la France, à quelques jours des élections régionales. Un message du parti d'extrême droite qui fait aussi polémique en Algérie.

L'affiche est largement inspirée de la campagne lancée par l'UDC, le parti d'extrême droite suisse qui souhaitait faire voter l'interdiction des minarets dans le pays. Le parti helvète menace d'ailleurs d'attaquer le FN en justice pour plagiat

À cause de cette affiche, le FN est poursuivi devant les tribunaux pour racisme par le Mrap et SOS-Racisme. Son chef, Jean-Marie Le Pen, comparaitra le 6 mai devant le tribunal correctionnel de Paris.

De son côté, le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, a publiquement protesté contre cette campagne et en appelle à l'État français pour qu'il  prenne "les dispositions qui s'imposent lorsque des symboles de pays étrangers sont mis à genoux". 

"Cette polémique est du pain béni pour les politiques algériens"

Professeur de français à la retraite, ex- journaliste, Abdelkrim Mekfouldji vit à Blida, en Algérie.

Ça ne m'étonne pas de la part de Jean-Marie Le Pen, mais c'est très dur de voir ça. C'est scandaleux de se limiter à l'Algérie et de ne mettre que notre drapeau, comme si la menace islamiste était exclusivement concentrée sur mon pays, alors que les pays où la menace est la plus forte sont le Pakistan et l'Afghanistan, qui ne font même pas partie du monde arabe. D'ailleurs, le FN semble avoir oublié que beaucoup de musulmans d'origine algérienne sont aujourd'hui français.

Ensuite, cette femme qui porte le niqab [voile couvrant le visage, mais ne couvrant pas les yeux], avec son regard menaçant, ne correspond absolument pas à la femme algérienne. Il est extrêmement rare de trouver des femmes habillées de la sorte ici. 

Pour le moment, peu d'Algériens ont eu vent de cette affiche. On en a peu parlé dans les journaux, mais dès que la nouvelle se répandra, les relations s'envenimeront vraiment entre les deux pays, sachant que nous étions déjà en froid depuis que la France a refusé de dédommager les victimes des essais nucléaires de Reggane.

Le vrai problème pour nous, c'est que cette polémique est du pain béni pour les politiques algériens qui cherchent à détourner l'attention de la crise sociale actuelle [grève des enseignants et des médecins] qu'ils n'arrivent pas à régler."

La campagne anti-minarets en Suisse