Des seigneurs de guerre règnent toujours en maîtres absolus dans certaines provinces afghanes. Et le traitement qu'ils infligent aux femmes se rapproche de celui des Taliban. En témoigne cette vidéo montrant une femme suppliciée en public.

Avertissement: Cette vidéo peut choquer.

Cette vidéo, publiée par RAWA, une organisation de défense des droits des femmes afghanes basée au Pakistan, a d’abord été diffusée par la chaîne afghane Tolo TV le 18 février dernier (le logo du journal télévisé apparaît en bas à droite).

Contactée par FRANCE24, la direction de la chaîne afghane a précisé que la scène de flagellation a été tournée en décembre dernier par l’une de leurs sources dans le district de Dolina (province de Ghor, centre du pays).

Selon le porte-parole du gouverneur de Ghor, Abdul Hai Khatibi, les deux femmes suppliciées ce jour-là - une seule apparaît sur la vidéo - avaient été mariées de force. Battues par leur mari, elles avaient tenté de fuir le foyer conjugal. Lorsque la police du district de Chasht (province de Herat, ouest du pays) les a arrêtées, après un mois de cavale, elles étaient habillées en homme.

Leur fuite leur a valu une condamnation à 45 coups de fouets en public. Dans une déclaration au Pajhowk Afghan News, le commandant en chef adjoint de la police de Dolina, Jahan Shah, a expliqué que les deux femmes avaient été livrées à un chef de guerre local, Fazl Ahad, qui a décidé de les "punir", puis exigé de leurs maris qu’ils leur accordent le divorce.

"Les Afghans sont, dans l’ensemble, outragés par ces scènes de flagellation"

Nasim Fekrat est un blogueur afghan. Il a rapporté sur son blog la scène de flagellation.

Ce genre de pratique publique n’est pas rare. Il est vrai que cela ne se produit plus à Kaboul, parce que les Nations unies y sont présentes, ainsi que de nombreuses ONG et des agents du gouvernement. Mais dans les zones rurales, les anciens seigneurs de guerre font encore la loi. Ils disposent d’hommes armés, on en voit d’ailleurs en arrière-plan sur la vidéo de flagellation. Des scènes similaires se déroulent également dans les hauts-lieux des Taliban comme à Kandahar. Mais dans ce cas, l’info ne filtre pas car les gens sont terrorisés par d’éventuelles représailles et les journalistes n’y ont pas accès.

Les Afghans sont, dans l’ensemble, outragés par ces scènes de flagellation, mais ils sont aussi conscients que la situation de la femme a énormément évolué. Sous les Taliban, ces deux femmes auraient été tuées. Aujourd’hui les gens peuvent réagir et alerter l’opinion mondiale. Il y a encore à faire mais les choses ont déjà beaucoup changé".