Un bulletin de vote avec l'étiquette portant la feuille, le symbole à cocher pour voter pour le président sortant.

Au Sri Lanka, le camp du président sortant, Mahinda Rajapakse, mène une campagne à la limite de la régularité pour que son chef de file devienne le premier élu à la magistrature suprême de l'après-guerre.

Comme nous l'a fait savoir notre Observateur, des votants ont par exemple reçu une carte d'électeur sur laquelle était agrafée une étiquette avec le symbole à cocher (une feuille) pour accorder son suffrage au chef de l'Etat sortant.

Celui-ci n'a en effet pas hésité à se servir de sa position pour que les services postaux joignent cette étiquette à l'envoi des documents officiels, comme le dénonce dans la vidéo ci-dessous le témoin rencontré par notre Observateur.

Vidéo postée ici.

"Je m’appelle Prasanna Perara, j’habite près de la capitale Colombo, dans l’est de l’île. Deux jours avant le scrutin présidentiel du 26 janvier, nous avons reçu quatre cartes électorales à la maison. Une pour mon frère, mes parents et moi-même. En découvrant le document, je me suis demandé qui avait ajouté l’étiquette avec le symbole de la feuille agrafé à ma carte électorale. Mon père m’a répondu que le facteur l’avait distribuée telle quelle, et que ça ne lui avait pas posé de problème puisqu’il soutenait le président. Je suis allé me plaindre au bureau de poste, où ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas de temps à me consacrer. En tous cas, je me demande bien d’où viennent les ordres. Un tel agissement est totalement illégal, il faut que les électeurs en soient informés."

Preuve que, depuis la fin de la guerre contre les Tigres tamouls en avril 2009, l'île découvre une tension politique inédite.

"Nous avons de forts soupçons, mais pas de preuves tangibles de fraude électorale en ce 26 janvier"

Le Dr. Paikiasothy Saravanamuttu a répertorié les incidents qui ont émaillé la journée électorale du 26 janvier pour l'ONG Centre for Policy Alternatives (CPA).

Pendant la campagne, plusieurs électeurs nous ont signalé des anomalies, comme cette incitation à voter pour le président sortant sur les cartes électorales. Il s'agit clairement d'une violation des lois électorales et d'une influence déloyale sur l'issue du scrutin. En ce qui concerne le jour du vote, nous avons de forts soupçons, mais pas de preuves tangibles de fraude électorale. Mais nous savons que des incidents ont éclaté un peu partout sur l'île. Dans le sud-est du pays, certains activistes se sont ainsi rassemblés près des bureaux de vote pour dissuader les gens de voter. Ces incitations au boycott vont peser sur la participation."