Photo postée sur Flickr par Caleb Alvarado.

Des milliers de manifestants ont défilé, samedi, à Phœnix, pour protester contre les méthodes du shérif du comté, Joe Arpaio, qui n'hésite pas à enchaîner les immigrés clandestins et à les affubler de sous-vêtements roses.

Le shérif de Maricopa, Joe Arpaio, aime qu'on l'appelle "le shérif le plus coriace d'Amérique". Dans les prisons de son comté, les détenus ont interdiction de fumer ou de lire des magazines. Enchaînés les uns aux autres, ils sont soumis à des travaux d'intérêt général vêtus du très caractéristique uniforme rayé noir et blanc. Pour résoudre le problème de la surpopulation carcérale, le shérif Arpaio a même créé une "ville de tentes" (Tent City) qui accueille les détenus en surnombre. À travers toutes ces brimades, il voit un moyen de dissuader les immigrés clandestins de traverser sa juridiction.

Des détenus attachés par une chaîne ramassent les ordures. Vidéo postée sur Flickr par Alice J.Robinson, le 25 octobre 2009.

Joe Arpaio a été réélu shérif à quatre reprises à la suite de son premier mandat, en 1993. Depuis, le nombre de détenus dans le comté de Maricopa a doublé. Ils sont aujourd'hui 10 000. 

"Ce caleçon rose et ces menottes sont exactement ceux portés par les 10 000 détenus qui séjournent dans les prisons du shérif Joe. Désormais, vous pouvez, vous aussi, les porter." Photos et texte postés sur le site du shérif

En 2008, une cour fédérale a condamné Joe Arpaio pour violation de la Constitution. Celui-ci avait décidé de réduire à deux le nombre de repas servis quotidiennement aux détenus. Par ailleurs, en octobre 2009, le département de la Sécurité intérieure lui a retiré le droit de recourir à la loi fédérale 287 (g), qui autorise les autorités locales à identifier, placer en détention et renvoyer les immigrés illégaux [une prérogative habituellement réservée au département de la Sécurité intérieure] considérés comme une menace pour la sécurité publique. Arpaio a été accusé d'abuser de cette prérogative, parce qu'il y avait recours pour sanctionner des immigrants n'ayant commis que des délits mineurs, tels que des violations du code de la route

"Ce n'est un secret pour personne : Arpaio vise 'ceux qui ressemblent à des Mexicains'"

Tupac Enrique Acosta milite pour les droits des populations indigènes à Phœnix. Il  est l'un des membres fondateurs de l'organisation locale Tonatierra. Il a participé à la manifestation de samedi.

L'approche qu'Arpaio a de l'immigration illégale, c'est une forme de terrorisme institutionnel qui place les clandestins en état de siège et militarise la société dans son ensemble. Ses "coups de balaie" sont discriminatoires. Ils visent les personnes les plus vulnérables, c'est-à-dire les travailleurs sans-papiers et leurs familles. Lors de ces "coups de balaie", des barrages routiers sont installés dans les zones où habite un grand nombre de personnes d'origine mexicaine. Des véhicules, mais aussi des piétons, sont arrêtés et fouillés et s'ils n'ont pas les papiers requis par les hommes du shérif, ils sont arrêtés. [Il y a eu 13 "coups de balaie" en mars 2008, 669 personnes ont été arrêtées]. Ces interventions ne sont pas annoncées à l'avance. Un activiste des droits des indigènes [Lynda Guzman], a mis en place un système de SMS qui permet d'alerter près de mille personnes en même temps dès que l'on sait qu'un "coup de balaie" va avoir lieu. 

Ce n'est un secret pour personne qu'Arpaio vise "ceux qui ressemblent à des Mexicains". Il l'a dit lui-même. Pourtant, moi, je ressemble à un Mexicain, mais je suis un citoyen américain : alors comment compte-t-il faire la distinction entre moi et quelqu'un qui est arrivé il y a un mois ou un an aux États-Unis ?  

Le shérif a contourné l'interdiction qui lui a été signifiée d'utiliser la loi fédérale 287 (g). S'il ne peut plus y recourir pour arrêter les clandestins, une fois dans la prison du comté [placée sous la législation fédérale] en revanche, il peut à nouveau s'en servir, car elle s'y applique également. Les "coups de balaie" du shérif permettent d'amener les immigrants dans les centres de détention où la loi 287 (g) peut être appliquée.

Le départ d'Arpaio ne mettra pas un terme à ces manœuvres, même si c'est une étape importante. Ce qui se passe en Arizona est du même ressort que l'apartheid qui a succédé à la colonisation en Afrique du Sud. Nous, les indigènes, nous étions ici avant les Mexicains et avant le traité de 1848 [qui a mis fin à la guerre entre les États-Unis et le Mexique en laissant aux premiers presque la moitié du territoire mexicain en échange de 15 millions de dollars de compensation pour les dégâts causés par la guerre]. Nous ne pouvons pas être des immigrants illégaux sur notre propre continent d'Abya Yala [Amérique centrale]."

Manifestation contre Arpaio

Images postées sur Flickr par ONE/MILLION / Willie Stark, le 18 janvier 2010.

La manifestation du samedi 16 janvier, à Phœnix, n'est pas la première du genre. Les habitants de la région, notamment ceux d'origine hispanique ou indigène, ont organisé des dizaines de rassemblements pacifiques ces 16 dernières années. Le dernier a été particulièrement remarqué parce qu'il a été l'occasion d'affrontements entre la police montée et les manifestants. La police affirme qu'elle a lancé des bombes lacrymogènes parce qu'elle était attaquée. Les manifestants rétorquent que l'emploi de la force était disproportionné.

Vidéo postée par "dorkatron" le 16 janvier 2010.

Ce jour-là, cinq personnes ont été arrêtées par la police. Image postée sur Twitter par Javier Soto, le 16 janvier 2010.