Photo © Lauren Girardin, utilisée avec sa permission.

Les députés de Catalogne ont voté l'interdiction de la traditionnelle corrida ce matin par 68 voix contre 55. La loi sera mise en application le 1er janvier 2012.

Le 18 décembre 2009, les parlementaires catalans avaient voté en faveur d'une initiative législative populaire (ILP) qui réclamait l'interdiction des spectacles taurins dans toute la Catalogne. L'initiative avait alors receuilli plus de 180 000 signatures. Les 135 députés ont finalement voté en faveur de l'interdiction de la corrida ce matin. Cette région du nord-est de l'Espagne est la seconde du pays à prendre une telle mesure, après les îles Canaries en 1991.

Un éleveur de taureaux nous explique pourquoi il estime que cette loi est "infondée". L'interview a été réalisée le 12 janvier 2010. 

"C'est l'Espagne qu'ils détestent, pas la cruauté envers les animaux"

Alejandro Melgarejo est un éleveur de "toros bravos" (taureaux courageux). Sa famille, qui exerce ce métier depuis deux siècles, possède un ranch dans la région de La Mancha, au sud de Madrid.

Le problème en Catalogne n'a rien à voir avec les droits des animaux ; c'est purement politique. Il y a un fort mouvement séparatiste dans cette région, et il est prêt à se saisir de n'importe quoi d'espagnol pour attaquer l'Espagne. Je ne parle pas de la population entière, mais surtout des politiciens locaux. A l'inverse, la corrida en Catalogne française est en hausse. Ils adorent. Ils ont de grandes arènes là-bas.

La corrida reste soutenue par la majorité des Espagnols, bien que les jours où ce sport était plus populaire que le football sont depuis longtemps révolus. La majorité des habitants du pays, y compris les Catalans, ne se sentent pas concernés par les accusations de cruauté envers les animaux. Nos bêtes grandissent et vivent en paix à la campagne, avant de mourir honorablement dans l'arène. La façon dont on abat les animaux pour la viande est bien plus cruelle.

Cette race de taureaux est le fruit de plusieurs siècles de travail des 'rancheros' (éleveurs). Afin d'obtenir les meilleurs veaux, l'éleveur doit tester tout son cheptel à la recherche de trois caractéristiques : 'encaste', 'nobleza' et 'bravura' - en gros, de déterminer le niveau de courage de l'animal face à la douleur et à la souffrance. Pour les femelles, on les provoque avec une cape rouge. Les mâles en revanche sont testés différemment, car ils doivent découvrir la muleta du matador dans l'arène pour la première fois. Les meilleurs taureaux doivent être courageux, nobles et facilement provoqués. Une fois que les trois meilleurs taureaux et les meilleures vaches ont été sélectionnés, ont les fait s'accoupler. Au total, nous comptons 250 à 300 bêtes dans notre ranch.

Cette année a été très dure pour nous. La crise économique nous a touchés de plein fouet, et beaucoup de petits villages ont dû annuler leurs fêtes. Sur l'ensemble du pays, le nombre de corridas a diminué de 50 % entre 2008 et 2009. Sur notre ranch, deux séries de taureaux n'ont pas trouvé preneur et on attend toujours le paiement de la troisième par l'arène qui nous l'a commandée."

Photos de taureaux du ranch d'Alejandro :

Une corrida à Barcelone, filmée en septembre 2007 :

Envoyée par michaelsradics”. 

Militants luttant contre la cruauté infligée aux animaux

Des manifestations anti-corrida sont organisées en Catalogne depuis plus d'un siècle. Durant ces dernières décennies, ces rassemblements ont attiré de plus en plus de militants étrangers. Les photos suivantes ont été prises au printemps 2008. Elles ont été envoyées en novembre 2008 par "alezarg".

"Bienvenue en Catalogne. On torture des animaux jusqu'à ce qu'ils meurent."

"Assez! La torture n'est ni de l'art ni de la culture. Pour un monde sans cruauté."

"Ni en Catalogne, ni ailleurs".