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Manifestation contre la nouvelle loi anti-homosexuels devant la Haute commission ougandaise à Londres. Postée sur Flickr par RuSSellhiGGs

Le Parlement ougandais discute actuellement d'un projet de loi visant à "lutter contre l'homosexualité". Ce texte prévoit des peines de prison pour les homosexuels et pour tous ceux qui refuseraient de les dénoncer. Selon le révérend Kapya Kaoma, cette loi a été rédigée sous l'influence de pasteurs américains extrémistes.

La première version de la loi ougandaise prévoyait des peines de prison à vie pour les personnes reconnues coupables de relations homosexuelles. Le fait d'être infecté par le virus du sida était considéré comme une circonstance aggravante, qui rendait le coupable passible de la peine de mort. Cette loi a été modifiée depuis son introduction au Parlement, mais l'essentiel du texte  reste inchangé.

La loi anti-homosexualité a été introduite en avril 2009, un mois après l'organisation d'un séminaire sur le sujet par le pasteur ougandais Stephen Langa. Au cours de ce congrès, auquel assistaient des représentants de la police et de différents ministères, Stephen Langa a développé une théorie selon laquelle le mouvement gay aurait été créé par les nazis avant d'être exporté vers les Etats-Unis après la Deuxième Guerre mondiale. Le pasteur cite également un soi-disant "manifeste gay" - en réalité satirique dont il n'a pas saisi l'ironie - qui explique que l'objectif du mouvement homosexuel est "d'éradiquer la famille" et que ses membres cherchent à "sodomiser vos enfants".

Postée sur YouTube par PraPubliceye. Vidéo tournée par le révérend Kapya Kaoma (voir son commentaire plus bas). D'autres enregistrements de ce séminaire sont disponibles ici.

"La première version de la loi reprenait des passages entiers de l'ouvrage du pasteur américain Scott Lively"

Le révérend Kapya Kaoma est un ecclésiastique zambien de l'Eglise épiscopale. Il est l'auteur d'un rapport sur l'homophobie en Afrique.

Le projet de loi ougandais a effectivement été amendé. Ils ont supprimé les deux passages les plus extrêmes, le premier sur la condamnation à mort des homosexuels atteints du sida, le second sur la prison à vie automatique pour les gays. Mais l'homosexualité reste passible de peines de prison [jusqu'à sept ans] ou de thérapies forcées.

Il existe d'autres lois contre les homosexuels en Afrique. Toutefois celle-ci est particulière car elle demande aux gens de dénoncer les homosexuels. Si vous êtes le médecin, le pasteur ou même le parent d'un homosexuel, vous devez le dénoncer à la police sous peine d'aller en prison. Ensuite, cette loi prévoit toujours que le fait d'être séropositif est une circonstance aggravante, qui fait encourir une condamnation plus lourde. Aucun autre Etat africain ne va aussi loin.

La personne qui est derrière cette loi est le pasteur Stephen Langa, directeur du réseau Family Life. Une fois la loi introduite au Parlement, Langa a lancé une pétition pour soutenir ce texte. Mais tout est parti du séminaire que j'ai filmé. Langa y reprend une argumentation développée par le pasteur américain Scott Lively [écouter l'enregistrement de la conférence du pasteur Lively, à Kampala ] dans son livre "The Pink Swastika". Ce dernier venait d'intervenir dans un séminaire en Ouganda et Langa ne fait que reprendre mot pour mot son discours. Résultat, la première version de la loi ougandaise reprenait dans son préambule des passages entiers de l'ouvrage de Scott Lively.

Je considère que certains évangélistes américains ont une responsabilité dans les politiques mises en place en Afrique concernant les homosexuels et les personnes atteintes du sida. Les franges les plus extrêmes des Eglises américaines, qui perdent de l'influence aux Etats-Unis, ont trouvé en Afrique un terrain propice à leur développement. Ils viennent par dizaines sur notre continent et tiennent des propos extrêmement dangereux. Ils mentent aux Africains. Même les plus obscurs pasteurs américains, appartenant à de toutes petites Eglises et qui n'ont aucune crédibilité aux Etats-Unis, ont accès aux membres des gouvernements africains. Et c'est bien sûr encore plus vrai pour les célébrités comme le pasteur Warren [Rick Warren auteur à succès aux Etats-Unis et fondateur de l'Eglise "Saddleback" a toutefois pris tardivement position contre la loi ougandaise, voir vidéo ci-dessous]. Ce dernier a l'oreille du président ougandais, Yoweri Museveni, et c'est un proche du pasteur Martin Ssempa, ardent défenseur de la loi anti-homosexualité. Warren est également influent au Nigeria et au Rwanda. Selon moi, ce n'est pas un hasard si ces trois pays ont des lois particulièrement répressives envers les homosexuels."

Le pasteur Warren prend position contre la loi sur l'homosexualité

Postée le 9 décembre sur la chaîne YouTube de Saddleback Church.

Extraits :

"Je n'ai rien à voir avec cette loi et j'y suis complètement opposé. (...) On ne peut ignorer ce que Dieu nous dit à propos de la sexualité. Le sexe hors du mariage n'est pas ce que Dieu a voulu. Le mariage est fait pour un homme et une femme. (...) Mais  Jésus nous apprend aussi que le principal commandement est d'aimer notre prochain comme nous-mêmes. "