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La junte guinéenne s'est lancée dans une véritable chasse à l'homme après la tentative d'assassinat de son chef, le capitaine Moussa Dadis Camara, par son aide de camp. Le pays est passé au peigne fin et les complices présumés de ce dernier tombent. La vidéo de l'arrestation d'un ancien commandant de la junte circule en ce moment sur Internet.

Aboubacar Sidiki Diakité, alias "Toumba", est actuellement l'homme le plus recherché de Guinée. C'est lui qui aurait tiré, jeudi dernier, sur Moussa Dadis Camara. Selon les déclarations d'Idrissa Chérif, son conseiller et ministre de la Communication, le chef de la junte est actuellement soigné à Rabat, au Maroc, pour une blessure à la tête. Des déclarations officielles affirment que son état de santé s'améliore.  

En l'absence de Dadis, c'est le ministre de la Défense, Sékouba Konaté, qui assure l'intérim. Il a lancé un appel à la population pour que soient retrouvés "le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité et ses acolytes, en fuite depuis l'exécution de leur forfaiture".

Selon Reuters, cette vidéo montre le commandant Mohamed II Camara, alias Begré, ex-commandant du Bataillon autonome de la sécurité présidentielle (BASP), ligoté et escorté par des soldats dans le camp Alpha Yaya Diallo, le quartier général de la junte situé à Conakry. Arrêté le 4 décembre alors qu'il tentait de rejoindre la Sierra Leone, cet ancien chef de la sécurité présidentielle dirigeait le camp Koundara où s'est déroulée la tentative d'assassinat. Begré est accusé par la junte d'avoir participé au complot. 

Begré est l'homme en short bleu. L'autre personne arrêtée n'a pas été identifiée.

"Les gens sortent la peur au ventre"

Nankouma est journaliste à Conakry. Les déclarations des Observateurs n'engagent que leurs auteurs.

Begré était un complice de 'Toumba'. Il a participé au massacre du 28 septembre dans le stade de Conakry. L'arrestation est certes violente, mais il le mérite.

En ville, tout le monde est extrêmement méfiant. Il y a en permanence des 4x4 de l'armée qui circulent dans les rues de Conakry. Les militaires vont à la pêche aux complices de 'Toumba'. Hier, au carrefour de Cosa, un militaire a ouvert le feu en pleine rue. Il s'est fait gifler par son commandant mais ça donne une idée de l'ambiance qui règne dans la capitale. Tous les complices présumés sont arrêtés et envoyés dans des camps pour être interrogés.

Les gens sortent la peur au ventre. Ils hésitent même à aller faire leurs courses.

À la télévision et à la radio, les autorités font passer en boucle des messages en promettant une récompense à ceux qui dénonceraient 'Toumba'. Il y a même un numéro vert.

Aujourd'hui, la plupart des complices présumés haut placés ont été arrêtés, mais 'Toumba' reste introuvable. Je ne pense donc pas qu'il puisse y avoir une insurrection."

"On ne sait pas qui fait quoi, ou qui commande qui"

Phillipe travaille dans la communication à Conakry. Les déclarations des Observateurs n'engagent que leurs auteurs.

Les images de cette arrestation sont extrêmement choquantes. C'est inhumain d'attacher les gens de la sorte.

Aujourd'hui, la situation du pays est effrayante. Nous sommes tous sur le qui-vive. On ne sait pas qui fait quoi, ou qui commande qui. La ville de Conakry est paralysée. Dans la banlieue où habitaient 'Toumba' et ses complices, la situation est particulièrement tendue. Les autorités ont placé des agents infiltrés partout, car elles suspectent la population de soutenir 'Toumba'. Hier, trois pick-ups de l'armée se sont rendus dans une université de Conakry où étudie mon frère. En allant le récupérer, j'ai vu des soldats. Quelqu'un qui avait entendu une étudiante dire que c'était bien fait pour Camara et qu'elle savait où était 'Toumba' a prévenu les autorités. Les militaires sont arrivés comme dans un film, c'était inouï. Ils ont gardé les étudiants dans l'université, puis, après avoir négocié avec le chef des études, ils en ont laissé sortir quelques-uns - dont mon frère. Je ne sais pas ce qu'il est advenu de la jeune fille.

Des rumeurs courent en ce moment selon lesquelles on serait en train de nous cacher la mort de Camara. Dans l'armée, c'est la confusion totale. On se doute que 'Toumba' devait avoir de nombreux soutiens pour se lancer dans une telle entreprise, mais personne ne sait aujourd'hui qui est mêlé à cette histoire et qui ne l'est pas."