Un officier de la police russe poste une vidéo sur Internet et fait scandale jusqu'au Kremlin. Alexeï Dymovsky y dénonce l'attitude de ses jeunes collègues, qui, dit-il, entrent dans la police par appât des pots-de-vin. Il estime que les officiers hauts placés dans la police poussent leurs équipes à accuser à tort des innocents, afin de gonfler les statistiques de lutte contre la criminalité.

Ce message, posté le 6 novembre, est adressé à ses collègues et au Premier ministre russe Vladimir Poutine. Alexeï Dymovsky aurait décidé de jeter son tablier quand il a su qu'il faisait l'objet d'une enquête pour avoir refusé d'interpeller un supposé dealer de drogue - les fausses accusations pour trafic de drogue sont fréquentes en Russie.

Rien de très nouveau dans tout ce que dénonce Alexeï Dymovsky. L'opinion russe sait déjà - ou devine - ce qui se passe au sein de la police, qui est peut-être l'institution la moins respectée en Russie.

Ce qui est nouveau, c'est qu'un membre de la police prenne la parole. La réaction ne s'est pas faite attendre : deux jours après la publication de la vidéo sur Internet, le ministère russe de l'Intérieur affirme avoir mené une enquête : "Une vérification des faits exposés dans le message de M. Dymovsky a été effectuée au cours de deux derniers jours. Ces faits n'ont pas été confirmés", a déclaré le porte-parole du ministère, Valéri Gribakine, dimanche. Alexeï Dymovsky a été licencié. Mais le scandale n'est pas clos. Vladimir Poutine en personne dit avoir pris connaissance de l'affaire...

"Des officiers de police et des procureurs de justice nous ont appelés à l’aide, parce qu’ils avaient été obligés d’enfreindre la loi"

Lyudmila Alexeyeva est une militante des droits de l'homme en Russie. Elle dirige le "Moscow-Helsinki Group", l'une des plus anciennes organisations des droits de l'homme.

Cet officier de police, Alexeï Dymovsky, ne nous a jamais contactés. Je ne peux donc pas parler de son histoire en particulier. Mais nous avons déjà travaillé sur des cas similaires. Des officiers de police et des procureurs de justice nous ont appelé à l'aide, parce qu'ils avaient été obligés d'enfreindre la loi. Et s'ils refusaient, ils risquaient le licenciement, voire des poursuites juridiques.

Nous avons plus souvent affaire à des citoyens victimes de bavures policières qu'aux membres de la police elle-même. Et nous n'avons pu venir en aide qu'à deux ou trois d'entre eux.

Dans la région de Sverdlov, des procureurs se sont plaints des pressions qu'exerçaient sur eux certains de leurs confrères, dans des affaires d'expropriation. Nous avons gagné : un procureur qui avait enfreint la loi a été mis à pied.

Dans une autre affaire, dans la région de Perm cette fois, un officier de police a été condamné à huit ans de prison pour avoir touché un important pot-de-vin concernant un marché pétrolier. Pour le faire chanter - et le faire taire -, il était accusé de toute une histoire, inventée, de vol de baril de pétrole. Nous avons pu intervenir grâce à un témoin des faits, qui n'arrivait pas à vivre avec ce mensonge sur la conscience. Cet homme risquait d'être poursuivi pour faux témoignage. Il a decidé, avec sa famille, d'assumer ce risque.

Autre exemple : dans la région d'Amur, un procureur d'Etat se voyait obligé de juger coupable quelqu'un qu'il savait innocent, et alors qu'il connaissait le vrai coupable. Il  a refusé puis a été mis à pied. Ses supérieurs hiérarchiques l'ont même poursuivi en justice et l'ont inscrit sur une liste de personnes recherchées. A la suite de notre intervention, les poursuites ont été abandonnées.

Nous essayons de résoudre un cas à Moscou, en ce moment, mais je crois que nous sommes dans une impasse. Il s'agit d'une bavure policière qui remonte à avril 2008 : des agents de la police ont passé à tabac quatre jeunes hommes et n'ont jamais été inquiétés. Le procureur a annulé plusieurs fois nos tentatives visant à rouvrir le dossier. Et c'est, au contraire, un des quatre hommes qui se retrouve poursuivi pour avoir agressé un agent de police !"