"Pourquoi portez-vous le niqab dans une classe de filles ?" C’est en ces termes que la plus haute figure de l'islam sunnite en Egypte a sermonné, il y a deux semaines, une adolescente portant le voile intégral en classe.

"Le niqab ne relève pas de la religion mais de la tradition", voici ce qu’expliquait le 3 octobre le cheikh Mohammed Tantawi, à la tête depuis plusieurs années de la prestigieuse université d’al-Azhar, l’une des plus anciennes au monde (fondée en 969) et principale référence dans l’enseignement des études islamiques. Tantawi a joint l’acte à la parole. Désormais, il est strictement interdit aux étudiantes, écolières et enseignantes de porter le niqab au sein de son université et des écoles dépendant d’al-Azhar. Ce changement de règlement dans la principale université islamique d’Egypte pourrait être rapidement suivi par d’autres facultés dans le pays.

La décision du cheikh Tantawi vient renforcer une circulaire du ministère de l’Enseignement supérieur en vigueur depuis la rentrée qui refuse aux étudiantes portant le niqab le droit de résider en cité universitaire.

L'opposition islamiste des Frères musulmans s’est emparée du sujet pour critiquer avec véhémence le gouvernement. Depuis le début de la semaine, les manifestations se multiplient devant les établissements universitaires.

En 2001, l’Université américaine du Caire avait interdit aux filles portant le niqab d’accéder au campus pour des raisons de sécurité, mais la Cour administrative suprême avait cassé la décision en juin 2007, permettant aux filles entièrement voilées d’y pénétrer à condition de s’identifier devant une gardienne postée à l’entrée.

"Des concessions supplémentaires accordées à l’Occident"

Ismail Alexandrani est journaliste et activiste des droits de l’Homme à Alexandrie.

Les Egyptiens, dans leur majorité, n’ont plus confiance dans les décisions du cheik Tantawi. Etant donné que le cheik de al-Azhar est nommé, à l’instar des autres hauts fonctionnaires, par le gouvernement, la population le considère comme subordonné au régime en place. Les décisions interdisant le niqab dans les facultés et cités universitaires sont donc perçues comme des concessions supplémentaires accordées à l’Occident depuis les attentats de septembre 2001. Le gouvernement veut se laver de tout soupçon d’extrémisme. Parfois il en fait trop, sans même qu’on le lui demande.

Les autorités disent vouloir interdire le niqab pour des raisons soi-disant de sécurité. Pourtant, à l’entrée des campus ou lors des examens, l’identification des filles portant le niqab n’a jamais posé problème. Celles-ci dévoilent volontiers leurs visages pour vérification à l’université, mais aussi devant le juge, le procureur de la République, le policier ou dans toute autre instance administrative qui le requiert.

En Egypte, les femmes voilées du niqab sont victimes d’un regard négatif véhiculé par les médias et les décideurs du Caire. L’accès à plusieurs sites touristiques leur est interdit. Le secteur privé rechigne à les recruter et les ministères et établissements publics ne leur réservent pas un accueil plus chaleureux. Pourtant, je connais des femmes entièrement voilées qui sont bien plus ouvertes et plus tolérantes que bien des femmes qui se disent libérales."

Altercation à l’entrée d’une cité universitaire égyptienne


Altercation à l'entrée d'une cité universitaire entre le père d'une étudiante et la directrice de la cité. Vidéo postée sur Youtube le 9 octobre 2009 par medo4soft.