Ces photos montrent un militaire guinéen poignarder, de sang froid, un manifestant. La scène est d’autant plus choquante qu’elle s’est déroulée le lendemain du massacre du 28 septembre, à Conakry, dont le chef de la junte au pouvoir, Moussa Dadis Camara, décline la responsabilité, affirmant qu'il a été "débordé" par son armée.

Nous publions plus bas le récit de la personne qui a pris ces clichés. Ce témoignage a été confirmé par l’un de nos Observateurs, Kouyaté, qui s’est rendu sur les lieux où s’est déroulé le crime. Kouyaté a parlé avec un autre témoin de la scène, qui corrobore la version que nous publions.

ACTUALISATION (16-10-09 / 11h heure de Paris) : La Croix rouge a confirmé avoir récupéré un homme blessé au couteau le 29 septembre dans le quartier de Bambeto. La victime était dans un état critique, mais toujours en vie au moment où elle a été déposée à l'hôpital Donka. Nous actualiserons à nouveau ce billet si nous obtenons d'autres informations.

"Il a donné trois coups de poignard"

Philippe a pris ces photos depuis un immeuble voisin et les a envoyées à FRANCE 24.

Une première voiture s'est arrêtée. Il devait être aux alentours de 15h30. Plus tard un deuxième véhicule est arrivé, puis un troisième. Dans le dernier, un Pajero, se trouvaient huit jeunes qui avaient déjà été arrêtés.

Les militaires étaient sortis de leurs véhicules et pourchassaient des habitants du quartier [la scène se déroule à Conakry, entre le quartier de Bambeto et celui de Cosa, où les peuls sont majoritaires. Le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, appartient lui à l'ethnie minoritaire guerzé, dite ethnie des "forestiers"].

L'un des jeunes retenu dans le Pagero a profité de la confusion pour s'enfuir. Mais un militaire lui a tiré dessus et il s'est effondré. Le soldat l'a ramené près des véhicules en le traînant.

 

S'en est suivi une discussion entre les militaires pour savoir s'ils devaient le laisser là où l'emmener, sachant qu'il allait sûrement mourir.

Les trois véhicules sont finalement partis. Ils ont laissé deux soldats, ainsi que le jeune qui se vidait de son sang, sur le sol. L'un des militaires resté sur place avait un poignard. Il s'est approché du jeune homme et l'a frappé à trois reprises : près du cœur, dans le ventre et au dos. Une voiture de la garde présidentielle est ensuite passée récupérer les deux soldats.

 

 

Après leur départ, je suis descendu près du jeune homme qui venait d'être poignardé. Il ne bougeait plus. Je suis sûr qu'il était mort. La Croix-Rouge est venue le chercher une heure plus tard environ.