Photo publiée par Toni Yammine sur Facebook.

Un défilé de danseurs et de danseuses de samba a été annulé hier, à Tyr, dans le sud du Liban, après que des religieux musulmans ont estimé que le spectacle était "pornographique" et contraire aux valeurs de l’islam. Une annulation que notre observatrice qualifie de "scandaleuse et nuisible à l’image du pays".

La troupe brésilienne était en tournée au Liban depuis le 23 septembre. Deux représentations avaient déjà eu lieu dans le centre-ville de Beyrouth (les 23 et 24 septembre) ainsi que dans les villes de Zahlé (26 septembre) et de Batroun (29 septembre), toutes deux à majorité chrétienne.

Afin de ne pas heurter la sensibilité de la population de Tyr, à majorité musulmane, l’ambassade du Brésil au Liban n'a pas économisé ses efforts, proposant par exemple que les danseuses défilent avec des costumes couvrant toutes les parties de leurs corps, et non courtes-vêtues, comme le veut la tradition de la samba.

Mais ces précautions ont été vaines. Aux yeux des 50 dignitaires religieux de la ville qui ont réclamé l’annulation du spectacle, les costumes restaient trop indécents. Par la voix du cheikh Ali Yassine, ils ont exprimé leurs craintes de voir éclater des troubles lorsque la torride troupe brésilienne défilerait dans les rues de Tyr.

"Une nouvelle fois, le Liban sera associé à l’extrémisme et à l’intolérance"

Darine Sabbagh est traductrice et blogueuse à Beyrouth. Elle a assisté au premier défilé de la troupe brésilienne, le 23 septembre, dans la capitale libanaise.

Quand j’ai appris que la tournée des danseurs brésiliens allait passer par Tyr, j’ai été surprise, compte tenu du conservatisme de cette ville. Mais je me suis dit que, après tout, les autorisations avaient certainement été obtenues et que personne ne s’y opposerait, puisque le défilé était organisé par une société privée en collaboration avec le ministère libanais du Tourisme et l’ambassade du Brésil au Liban.

Cette annulation est scandaleuse et nuit à l’image du pays. Le Liban sera, une nouvelle fois, associé à l’extrémisme et à l’intolérance.

Dois-je juger ceux qui sont à l'origine de cette décision ? Non, car ils défendent leurs traditions culturelles et on se doit de les respecter, même si on n’est pas du même avis. En revanche, les organisateurs de cet événement, eux, ont des comptes à rendre, car ils sont responsables de la mauvaise publicité faite au pays. Cet épisode risque de réveiller de vieux démons au Liban. Mon pays est multiconfessionnel et cet événement nous rappelle, une fois de plus, qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre si l’on veut vivre ensemble paisiblement."

La troupe de samba, le 23 septembre, à Beyrouth

Photos publiées par Toni Yammine sur Facebook.

Photo publiée par Darine Sabbagh, le 24 septembre 2009.

Photo publiée par Toni Yammine sur Facebook.

Photo publiée par Darine Sabbagh, le 24 septembre 2009.