Au lendemain d'une manifestation réprimée dans le sang, la Guinée compte ses morts. Plus de 150 personnes auraient été tuées, lundi, à Conakry, lorsque les forces de sécurité ont dispersé des milliers d'opposants à la junte militaire au pouvoir.

Le capitaine Moussa Dadis Camara avait promis la paix et la stabilité quand il s'était emparé du pouvoir à la mort du président Lansana Conté, en décembre 2008. Neuf mois plus tard, Conakry a vécu la journée la plus meurtrière depuis des années.

Les forces de l'ordre ont tiré sur la foule pour disperser une manifestation d'opposants qui s'étaient réunis dans un stade de Conakry pour protester contre une éventuelle candidature à l'élection présidentielle du chef de la junte.

Moussa Dadis Camara avait pourtant assuré à ses concitoyens, ainsi qu'à la communauté internationale, qu'il ne briguerait pas le poste de président. Mais depuis quelques temps, il ne fait plus de mystère sur sa volonté d'être candidat à l'élection de janvier 2010.

L'ONU, les Etats-Unis et la France ont fermement condamné les violences et continuent de faire pression pour que le chef des putschistes respecte son engagement de ne pas se présenter à la présidentielle.

"Certains ont été tués par balles, d'autres asphyxiés dans la bousculade"

Fode Sanikayi Kouyate vit à Conakry. Il était à la manifestation.

Les grands partis d'opposition ont appelé à une manifestation, lundi. Des milliers de personnes ont répondu à l'appel et se sont retrouvées devant le stade du 28-Septembre, à Conakry. Beaucoup de citoyens se sont mobilisés et ont bravé les forces de l'ordre pour rentrer à l'intérieur du stade. Les forces de l'ordre sont alors venues encercler le stade et ont commencé à tirer et à lancer des gaz lacrymogènes. Le stade était comble, les gens ont alors voulu en sortir. Il y a eu beaucoup de morts, certains ont été tués par balles, d'autres asphyxiés dans la bousculade.

J'ai vu de mes yeux trois cadavres. J'ai vu deux femmes et un jeune garçon morts. L'un de mes amis m'a dit avoir vu au moins 10 corps sans vie.

Aujourd'hui, la ville est paralysée. Impossible d'avoir un taxi pour se déplacer. Les boutiques du grand marché de Conakry sont fermées. Et seuls les policiers sont présents dans la rue."

 

Quand Dadis fait son "show"

Le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, expédie les affaires courantes devant les caméras de la Radiotélévision guinéenne (RTG). Ses sautes d'humeur et ses diatribes contre des fonctionnaires ou des trafiquants de drogue présumés sont devenus célèbres au point que les Guinéens appellent ce nouveau feuilleton le "Dadis Show". Si ces moments de délire amusent beaucoup les internautes d'Afrique de l'Ouest, les Guinéens commencent en revanche à en avoir assez de ce "guignol", qui se présentait comme le "capitaine sauveur de la nation".

Dadis Camara sermonne l’ambassadeur d’Allemagne.

Dadis Camara humilie en public un investisseur étranger.