L'un de nos Observateurs gabonais s'inquiète des restrictions imposées aux journalistes qui couvrent l'élection présidentielle du 30 août.

L'élection présidentielle gabonaise se déroule dimanche. De récentes décisions prises par le pouvoir font craindre une bonne couverture du scrutin par les médias. L'association Reporters sans frontières parle même d'une "possible chappe de plomb" pesant sur l'information.

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Norbert Ngoua Mezui est le secrétaire général de l'Observatoire gabonais des médias, une association récemment créée pour faciliter l'autorégulation des médias gabonais, et l'éditeur du bimensuel Nku'u Le messager. Il a passé 21 jours en prison, en 2006, pour avoir "diffamé" le ministère gabonais des Finances.

 

Des journalistes de deux médias étrangers, l'Express et FRANCE 24, se sont vu refuser des visas pour couvrir le scrutin, alors que d'autres médias sont installés dans les grands hôtels de Libreville et ont accès à tous les dignitaires gabonais. Je trouve cela inconcevable. Pour le pouvoir, il semble qu'il y ait les bons et les mauvais médias.

La mesure qui me choque le plus, c'est l'interdiction faite aux journalistes de rester dans les bureaux de vote. D'après ce qu'à dit le ministre de l'Intérieur, le 27 août, à l'issue du conseil des ministres, les journalistes ne pourront entrer dans les bureaux de vote que pour suivre les candidats. Ils devront ensuite quitter les lieux. Ce n'était pas le cas lors des précédentes élections. Personne n'assistera donc au dépouillement qui, pourtant, est public, selon la loi gabonaise. Rien n'empêchera le pouvoir de déplacer les urnes. Et ensuite...

Au Gabon, la presse est assez libre. Ce n'est pas l'Éthiopie ou l'Érythrée ! On peut créer sa publication sans problème, et on peut parler d'à peu près tous les sujets : de la mauvaise qualité des routes, de la corruption, etc. On peut aussi critiquer le pouvoir et ses décisions. Mais il y a des limites à ne pas dépasser. Par exemple, le bimensuel Tango est actuellement privé de diffusion parce que le ministère de la Communication n'a pas apprécié son dossier sur l'élection. Pourtant, seul le Conseil national de la communication a légalement le droit d'interdire la diffusion d'un journal ou d'un magazine. Si l'on s'attaque directement au défunt président ou à l'un de ses proches, on risque par ailleurs d'être convoqué par les renseignements généraux, voire d'être poursuivi en diffamation. Nous sommes dans une période de transition et nous ne savons pas comment les choses vont évoluer. Mais nous avons encore eu un exemple d'intimidation des journalistes en avril, lors de la venue dans le pays de Bruno Ben Moubamba, aujourd'hui candidat à la présidentielle. Il a voulu faire le tour des médias pour dénoncer la corruption. De nombreux journalistes, moi compris, ont été convoqués par les renseignements généraux. Et personne n'a publié ses propos."