Photo publiée sur la page Facebook du groupe "C'est bien fait pour elle – Appel au boycott de la LBC".

Nous avons publié, il y a deux semaines, un billet sur un Saoudien de 32 ans qui s’était vanté de ses "exploits sexuels" sur une chaîne satellitaire libanaise. Depuis, le jeune homme est sous les verrous et risque la mort par lapidation et les bureaux de la chaîne ont été fermés pour une durée "indéterminée" dans le royaume.

Les bureaux de la chaîne satellitaire LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) à Jeddah ont été fermés, samedi, sur ordre du ministre de l’Intérieur, le prince Nayef ben Abdel Aziz. Les bureaux de Riyad, moins importants, sont toujours ouverts.

La fermeture de la chaîne, contrôlée par le milliardaire saoudien Walid Ben Talal, fait écho à la polémique créée par l’émission "la Ligne rouge" et dans laquelle Mazen Abdul Jawad, un Saoudien de Jeddah, évoquait sans complexe sa vie sexuelle.

Ce Saoudien divorcé et père de quatre enfants a été arrêté le 1er août et risque la peine de mort ou vingt ans de prison. Son "apologie du vice" suscite depuis la diffusion de l’émission, le 15 juillet, une avalanche de commentaires indignés dans la presse et sur internet.

"Les Saoudiens se réjouissent de la fermeture des bureaux de Jeddah"

Qubul Alhajri vit à Riyyad. Elle a lancé, avec d’autres journalistes, la campagne "Ne compromettez jamais l'image de votre patrie" (Never Compromise Your Homeland) qui s’insurge contre l’image négative du royaume dans les médias étrangers.

La LBC a pris l’habitude de privilégier le sensationnel sans traiter en profondeur les problèmes soulevés. Elle présente certains comportements individuels comme un phénomène social. C’est inacceptable. Nous sommes une société, comme toutes les autres, avec du bon et du mauvais. Une société qui abrite aussi de nombreux talents mais dont on parle rarement.

Ainsi, après l’affaire du "promoteur du vice", nous avons décidé – nous, six journalistes de moins de 30 ans – de rectifier l’image de notre pays à l’étranger et de constituer une équipe chargée de suivre et de repérer tout ce qui est dit et diffusé sur l’Arabie saoudite. Nous chérissons le professionnalisme, l’impartialité et la liberté d’opinion et ne craignons pas les critiques objectives. Mais nous réclamons aussi le respect de la Charte de l’audiovisuel satellitaire arabe adoptée en 2008 et qu’a enfreint allègrement la LBC en faisant fi des spécificités de l’identité arabe.

Dans le cadre de son émission "la Ligne rouge", la LBC n’a pas cessé ces derniers temps de montrer des témoignages de Saoudiens en évoquant des sujets tabous tels que le mariage provisoire, l’homosexualité, le divorce, etc. La chaîne profite des annonceurs saoudiens et promet en contrepartie d’importants taux d’audimat. Elle a dépassé toutes les lignes rouges. Pour cette raison, les Saoudiens se réjouissent, aujourd’hui, de la fermeture des bureaux de Jeddah. Nous aurions aimé que le principal actionnaire de la chaîne [l’émir Walid Ben Talal] prenne, lui-même, la décision de les fermer. Voilà ce que nous lui reprochons."

"Les Saoudiens considèrent qu’un scandale touchant l’un des leurs fait partie d’une campagne menée contre le gouvernement saoudien"

Asaad AbuKhalil est professeur de sciences politiques à la California State University. Il publie sur son blog un commentaire sur les raisons qui ont conduit, selon lui, à la fermeture des bureaux de la LBC.

Il y a plusieurs dimensions à cette affaire. Premièrement, le présentateur du talk-show et star montante de la télévision, Malik Maktabi, est probablement le seul chiite qui travaille à la LBC [la rédaction est essentiellement chrétienne, ndlr]. Deuxièmement, la LBC est détenue en grande partie par Al-Walid [l’émir Al-Walid Ben Talal] qui est à l’heure actuelle victime d'une campagne menée contre lui dans le royaume et à laquelle s'associe son propre frère fanatique.

Troisièmement, l’Arabie saoudite nourrit depuis quelque temps un chauvinisme nationaliste et considère, à l’instar d’autres régimes arabes, les attaques contre la famille royale comme des attaques contre tout le peuple saoudien. Les Saoudiens considèrent ainsi qu’un scandale touchant l’un des leurs fait partie d’une campagne menée contre le gouvernement saoudien.

Quatrièmement, les médias libanais, bien qu’ils se répandent en éloges obséquieux et se prosternent devant la famille royale saoudienne, ont une attitude raciste à l’égard des pays du Golfe. Cinquièmement, il n’est pas rare que le gouvernement saoudien persécute des médias saoudiens. Le journal Al-Hayat a ainsi été interdit en Arabie saoudite plusieurs fois bien qu'appartenant à l’émir Khalid Ben Sultan."