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Image © "odedgal", sur Flickr.

Les haredim, une minorité de juifs ultra-orthodoxes, affrontent la police depuis trois jours à Jérusalem. Ils protestent contre les poursuites judiciaires déclenchées contre une femme de leur communauté accusée d'avoir affamé son enfant de trois ans.

L'affaire a commencé avec l'arrestation, après intervention des services sociaux, d'une mère du quartier haredi Mea Shearim de Jérusalem. Son enfant ne pesait plus que sept kilos.

Les membres de sa communauté sont descendus dans la rue pour la défendre, incendiant des containers d'ordures, vandalisant des équipements publics et s'attaquant même à des policiers et des éboueurs.

Les haredim ont d'abord expliqué que l'enfant était en parfaite santé, avant de dire qu'il était en fait atteint d'un cancer, auquel sa perte de poids serait dûe. L'hôpital qui a traité le petit garçon récuse cette dernière version, ajoutant qu'il est tout simplement victime de malnutrition et que sa mère semble souffrir du syndrome de Munchausen par procuration, une maladie mentale qui pousse celui qui en est atteint à maltraiter l'un des ses proches pour attirer la sympathie de son entourage.

La mère a été libérée sous caution ce vendredi, la justice craignant que son maintien en détention durant le shabbat aggrave les émeutes. Elle doit être jugée prochainement.

Images amateur des émeutes

Image publiée sur Flickr le 16 juillet par "odedgal".

Photos publiées le 16 juillet par "Akiva".

Publiée le 16 juillet par "jot.Punkt"

"Leurs coutumes sont issues de l’Europe du XVIIIe siècle"

Lisa Goldman est journaliste et blogueuse à Tel-Aviv.

Les émeutiers font partie d'une toute petite minorité de juifs orthodoxes extrémistes. Ils vivent dans un autre monde. Leurs coutumes sont issues de l'Europe du XVIIIe siècle. Ils parlent yiddish, et non hébreux comme la plupart des Israéliens. Ils vivent à Jérusalem pour des raisons religieuses, mais ils ne croient pas en Israël, qui est un état séculier. Pour eux, nous sommes des étrangers. Ils refusent d'obéir à la loi et toute tentative de la part de la police d'interférer dans leurs affaires est perçue comme une attaque contre leur société.

La communication entre les ultra-orthodoxes et le reste de la communauté, y compris la police, n'est pas bonne du tout. Ils vivent dans des quartiers isolés. Ils ne vont pas dans les écoles publiques ou à l'université, ils ne travaillent pas et refusent de servir dans l'armée.

Les haredim sont extrêmement pauvres. Les familles comptent souvent 10 à 15 enfants et le mari ne fait qu'étudier au sein d'une école talmudique (yeshiva), de 8 heures à 18 heures. Les femmes ont un enfant par an, se sont mariées à 18 ans et travaillent également - elles n'étudient pas - dans la yeshiva toute la journée. Les haredim vivent des allocations de l'État, soit environ 800 euros par mois. Ils croient fermement que 'Dieu va subvenir à leurs besoins'. C'est un mode de vie que la plupart des Israéliens ne peuvent pas comprendre.

Ces émeutes vont se calmer, c'est comme ça à chaque fois. Le maire va les menacer de ne plus ramasser leurs ordures, ou quelque chose comme ça, et ils vont passer à autre chose. Les ultra-orthodoxes se révoltent plusieurs fois par an. Il y a toujours quelque chose qui les énerve : un événement gay, une avant-première de cinéma un vendredi, etc."