Observateurs

De violents affrontements ont opposé la police et des émeutiers dans le quartier catholique d'Ardoyne, à Belfast, pendant trois nuits consécutives. Les heurts ont été déclenchés par la "parade orange", un défilé organisé chaque année par les protestants nord-irlandais pour célébrer l'annexion de la région par l'Angleterre.

Depuis le début des émeutes, lundi soir, le bilan s'élève à 20 policiers blessés et à quatre arrestations. Les célébrations du "Douze" [12 juillet], auxquelles des dizaines de milliers de personnes ont participé, commémorent la victoire des protestants sur les catholiques à la bataille de la Boyne, en 1690, qui a assis la domination anglaise en Ulster. Chaque année, des affrontements ponctuent l'événement. Mais cette fois, les violences ne se sont pas arrêtées après les trois jours de célébration.

Le Sinn Fein, bras politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA, aujourd'hui non-violente), deuxième plus grand parti d'Irlande du Nord, accuse l'IRA-véritable, sécessionniste, d'être responsable des clashs.

Pendant le défilé

Le ministre de la Culture, Nelson McCausland, défile lors de la "parade orange".

Costumes que portaient les soldats à la bataille de la Boyne.

Photos prises le 13 juillet (cette année, la parade a été organisée le 13 juillet, car les organisateurs de la parade ont refusé de défilé le 12, qui tombait un dimanche), postées sur Flickr par Belfast Gonzo.

Et après...

Le quartier d'Ardoyne, après la parade.

Photos prises le 13 juillet, postées sur Flickr par Belfast Gonzo.

Un émeutier défie les canons à eau. © George Grimley

La police se réfugie derrière un camion. © George Grimley

Un jeune sur un toit jette un cocktail Molotov. © George Grimley

La police entourée de projectiles. 

Photos prises le 13 juillet, postées sur Flickr par George Grimley.

“Cette parade donne à l'IRA-véritable une occasion rêvée de faire du grabuge”

Conall McDevitt est attaché de presse, à Belfast. Natif de la république d'Irlande, catholique, il vit dans un quartier où cohabitent les deux communautés et blogue sur O'Conall Street.

Tout le monde s'accorde pour dire que l'IRA-véritable est derrière tout ça. Il n'y a que quelques centaines d'émeutiers seulement, avec une poignée de leaders. C'est une tentative désespérée de semer le trouble. Le problème, c'est que cette parade lui donne l'occasion rêvée de le faire.

Les gens se sentent intimidés [le jour de la parade] et la plupart des catholiques quittent la ville. Dix mille personnes qui défilent avec des drapeaux de l'Union, qui pissent sur vos murs et laissent leurs déchets sur place, ça ressemble à une invasion. Ce genre de comportement ne se produit pas dans les autres quartiers de la ville. Si les participants à la "parade orange" changeaient d'attitude, tout pourrait mieux se passer.

Ces violences peuvent faire penser à un retour en arrière. Avant toutefois, la violence se propageait, ce qui n'est pas le cas cette fois. La plupart des gens ont honte de ce que font les émeutiers. Il y a dix ans encore, personne parmi les nationalistes [catholiques] ne soutenait la police, car elle était de confession protestante à 94 %. Aujourd'hui en revanche, 25 % des officiers sont catholiques, grâce à la politique de discrimination positive. La grande majorité des habitants sont donc derrière les forces de l'ordre."