La dernière publicité de la compagnie de télécommunications israélienne Cellcom fait polémique. Elle met en scène des soldats de Tsahal jouant au foot avec des Palestiniens - invisibles - se trouvant de l’autre côté du mur de séparation. Le spot se moque, selon ses détracteurs, de la souffrance des Palestiniens.

La publicité qui suscite la controverse

- Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ?

- Rends-leur le ballon.

- Allez, on y va les gars.

Le ballon rebondit à nouveau côté israélien.

- Allez, on va s’éclater !

- Trois soldats sur les lieux… Un match en cours

- Super cool !

Voix du commentateur : ‘En fin de compte, que voulons-nous tous ? un peu de divertissement !’ Cellcom media, un monde de divertissement : musique, vidéos, Internet. Venez, vous allez tous vous éclater. C’est super cool ! Cellcom !

La publicité a été réalisée pour Cellcom par la filiale israélienne de l’agence internationale McCann Erickson.

Des députés arabes israéliens ont réclamé, dimanche, que cette publicité soit immédiatement retirée de l’antenne. Un groupe Facebook en hébreu appelé "Je suis dégoûté par la nouvelle pub Cellcom" la critique également, car il la considère raciste.

"C’est du racisme et c’est d’autant plus choquant que tout se passe dans le cadre du divertissement"

Tzika Besor est blogueur et consultant informatique à Yavné, dans le centre d’Israël.

Jamais une publicité israélienne ne s’est servie de façon aussi ouverte de la politique. Pis : elle détourne le mur pour en faire un symbole quasi apolitique, quelque chose de banal, de normal. Le commentateur clôt le spot par la phrase suivante : ‘En fin de compte, que voulons-nous tous ? Un peu de divertissement !’ Mais ce mur n’est pas un divertissement. C’est une triste réalité, un mal nécessaire pour de nombreux Israéliens.

Dans la pub, les Palestiniens sont invisibles. Comme si la situation n’était amusante qu’à condition qu'ils restent invisibles, qu’ils acceptent l’occupation ainsi que les contraintes imposées à leur circulation et qu'ils abandonnent le principe de l’autodétermination. L’agence publicitaire voulait transmettre un message positif en évoquant une ambiance ludique entre Israéliens et Palestiniens. Mais elle sous-entend que ce n’est possible que si l'on ne voit pas les Palestiniens, que si l'on n'évoque pas leurs désirs et leurs luttes. C’est du racisme et c’est d’autant plus choquant que tout se passe dans le cadre du divertissement.

Cette pub est également sexiste. Les femmes soldats ne sont que des spectatrices qui se contentent d’acclamer leurs collègues hommes sans participer à la partie de foot. Tout se passe comme si, pour se divertir en Israël, il fallait être un homme, militaire, qui se fiche des autres".

Postée sur Facebook par Yoav.

"La pub est fidèle à l’idéologie qui a présidé à la construction du mur"

Ghassan Abdullah est informaticien. Il vit à Ramallah en Cisjordanie.

Cette publicité n’a pas fait beaucoup de bruit dans les Territoires palestiniens car la majorité d’entre nous ne l’a pas vue. Elle est en hébreu et n’a été diffusée qu’en Israël. Les Palestiniens et les Israéliens n’ont pas accès aux mêmes chaînes. Le mur que nous voyons dans la publicité n’est pas le seul mur, il en existe un autre, d'ordre médiatique et psychologique.

La pub est fidèle à l’idéologie qui a présidé à la construction du mur, celle évoquée par Ehoud Barak lors du congrès de Herzlia, en 2000. Son discours disait, en substance : ‘Nous ne voulons pas les voir et nous ne voulons pas qu’ils nous voient. Que chacun vive chez lui.’ La séparation est une réalité que l’on vit tous les jours. D’ailleurs, les Israéliens ne sont pas autorisés par leur gouvernement à se rendre en Cisjordanie, sous peine de payer une amende de 3000 à 5000 shekels (540 à 900 euros). Les autorités israéliennes ne laissent pas leurs citoyens rencontrer les Palestiniens. S’ils nous connaissaient mieux, ils se rendraient compte que nous ne sommes pas les monstres qu’on leur dépeint.

Ce qui a également attiré mon attention, ce sont les commentaires des Israéliens sur cette pub. Même s’ils la critiquent, ils considèrent que le mur est construit pour les protéger. Mais ce mur ne vise pas tant à défendre les Israéliens qu’à voler des terres aux Palestiniens."