Observateurs
Les bassidji (miliciens islamiques) sont accusés d'avoir fait preuve d'une très grande brutalité face aux manifestants qui protestent depuis le 12 juin contre la réélection du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Un officier bassidji de Téhéran raconte sa version du bain de sang du 20 juin.

La milice pro-gouvernementale des bassidji est composée de combattants volontaires qui agissent lorsqu'il y a un risque de déstabilisation du régime. Elle a été fondée par l'ayatollah Khomenei en 1979 durant la guerre Iran-Irak. Le gouvernement a fait appel aux milices pour réprimer les manifestations post-électorales. Au moins 20 personnes auraient été tuées en trois semaines de protestation.

Mehdi (le prénom a été modifié à sa demande) est un commandant bassidji de 39 ans. Il est l'ancien camarade de classe de l'un de nos Observateurs à Téhéran, qui préfère rester anonyme. Le 20 juin (journée particulièrement sanglante), Mehdi a commandé une mission de répression dans le centre-ville de la capitale iranienne, près de la base militaire.

Oui, j'ai tiré sur des manifestants. Je suis un militaire, je dois obéir aux ordres. La foule nous attaquait comme des fous, ils jetaient des pierres et des cocktails Molotov. On a dû se protéger, leur montrer qu'on était sérieux. Nous les avons prévenus, en criant à plusieurs reprises, avant d'ouvrir le feu. Mais ils continuaient d'avancer. Je ne me souviens plus sur qui j'ai tiré, j'essayais de viser les pieds des manifestants.

Ensuite, nous nous sommes repliés derrière des fourgonnettes au milieu de la rue, et j'ai ordonné à mes hommes de tirer par terre dans l'espoir d'éparpiller la foule.

J'espérais ne pas avoir à leur tirer dessus. Cette nuit-là, j'ai fait un cauchemar, j'ai rêvé que les manifestants me jetaient au bûcher. C'est devenu un rêve récurrent. Je revois les visages des manifestants avant que l'on m'ordonne de leur tirer dessus. J'ai demandé à un mollah de prier pour moi.

Ce n'était pas facile de tuer des gens, mais je l'ai fait pour l'islam. Mais il faut garder à l'esprit qui sont ces gens : des fourbes, qui veulent en finir avec la révolution islamique. Vous ne pouvez pas nous demander d'attendre sans rien faire alors qu'ils essaient de renverser notre régime."