Observateurs

Photomontage publié sur le site d'Al Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah.

A la suite d’une campagne menée par des médias du Hezbollah et de certains de ses alliés libanais, le très populaire Gad Elmaleh a été contraint d’annuler une série de spectacles prévue du 13 au 15 juillet au Festival international de Beiteddine.

En présentant Gad Elmaleh, d'origine marocaine et de confession juive, tantôt comme un ancien soldat israélien, tantôt comme l’ambassadeur d'Israël à la Francophonie et enfin comme un sioniste convaincu, Al Manar, la chaîne du parti chiite est parvenu à ses fins. Car après avoir démenti dans un premier temps, par le biais de son agent, ces informations et maintenu sa venue au Pays du Cèdre, l’artiste a annulé ses spectacles, "suite aux différentes manifestations d'hostilité et appels au boycott". Pourtant les billets de ses spectacles s’étaient arrachés comme des petits pains et, selon son agent, Gad est le seul artiste à avoir été sollicité par le public libanais pour une représentation supplémentaire (trois au lieu de deux).

L'annonce de cette annulation a provoqué la consternation de certains ministres et l’ire de la société civile libanaise, qui s’est insurgée contre le "terrorisme culturel" du Hezbollah. C’est sur Internet, via Facebook et Twitter, que les protestations sont les plus vives.

ACTUALISATION (30-06 - 13h30, heure de Paris) : La polémique a été déclenchée à la suite de la publication par Al Manar de la photo d'un militaire israélien (ci-dessous), dont la chaîne libanaise affirmait qu'il s'agissait de Gad Elmaleh. FRANCE 24 a contacté le site où cette photo a été publiée. D'après un responsable de l'association de soutien aux soldats israéliens ABSI-Keren Or, cette photo faisait parti d'un album publié il y a douze ans et dont la vente devait servir à des œuvres sociales. Chacun des clichés était commenté par une personnalité. Gad Elmaleh avait donc accepté d'écrire un texte pour accompagner cette photo de soldat. Selon le responsable de l'association, la polémique serait partie de la récupération du cliché par Al Manar, qui aurait fait passer ce soldat israélien pour Gad Elmaleh.   

La photo originale utilisée par Al Manar

Photo publiée sur ce site [image aujourd'hui supprimée du site] de soutien aux soldats israéliens.

"Cette affaire est catastrophique pour l'image du Liban"

Reina Sarkis est psychanalyste et chercheuse. Consternée par l’attitude du Hezbollah dans cette affaire et ses conséquences sur l’image du Liban, elle appelle à une résistance culturelle.

Je suis en colère et indignée. En imposant injustement sa loi, le Hezbollah exerce un terrorisme intellectuel. Il a pris en otage l’ensemble des Libanais, car à l’étranger nous avons été associés à ses idées. Quand 'Le Nouvel Observateur' titre : 'Le Liban voit en Gad Elmaleh un soldat israélien', le mal est fait. Cette affaire est catastrophique pour l’image du Liban.

Avec la surpolitisation des Libanais, il n’y a ni recul ni autocritique. Ainsi l’absurde amalgame entre juif, sioniste et soldat israélien devient possible. J’estime que nous avons droit au rire. Que vont-ils faire la prochaine fois ? Interdire les films de Woody Allen et les livres de Freud ? Alors pour répondre à cette propagande, il faut exercer une résistance culturelle et ne pas se laisser faire par la censure qui nous a été imposée et qui ne représente qu'elle-même. Nous en sommes victimes, tout comme Gad !

Je compte m’impliquer et participer à l’initiative qui est apparue sur Facebook et qui prévoit la projection sur grand écran du spectacle de l'artiste, idéalement à Beiteddine, le jour où il devait s’y produire. Et si le comité du festival ne collabore pas, on ira le faire ailleurs.