En haut, le fleuve Yangzi en 1987. En bas, le même endroit avec le barrage des Trois Gorges en avril 2009. Images : Earth observatory - NASA.

 

Des photos de très bonne qualité du barrage des Trois Gorges ont été prises mi-avril par la Station spatiale internationale (ISS). Après 15 ans de construction, le barrage hydro-électrique le plus grand et le plus puissant du monde a été mis en service en automne dernier, malgré les polémiques sur son impact humain et écologique.

Pour dompter le fleuve Yangzi, il aura fallu au gouvernement chinois 18 milliards d'euros et plus de 20 000 ouvriers. Large de 2 300 mètres et haut de 185 mètres, avec un réservoir qui s'étend sur 600 km, le barrage des Trois Gorges devrait pouvoir lutter efficacement contre les crues du fleuve. Et surtout, il est aujourd'hui capable de produire autant d'électricité que 17 centrales nucléaires.

Mais derrière le projet, ce sont aussi 1,5 million de personnes qui ont été déplacées de force et 116 villages, ainsi que des vestiges de l'empire du Milieu, qui ont été détruits et engloutis sous les eaux.

En 2007, Wang Xiaofeng, le responsable du gigantesque projet, avait reconnu les risques écologiques : érosion des sols, glissements de terrain, pollution de l'eau due à la sédimentation et réduction des surfaces arables. Mais ses scrupules ne l'ont pas fait revenir en arrière.

Le barrage des Trois Gorges aujourd’hui

Les repères permettent de calculer le niveau de l'eau sur les rives du réservoir.

"Il commence à y avoir des inondations sur les affluents"

Dai Qing est journaliste et activiste à Pékin. Elle a publié un ouvrage dès 1989 sur le barrage ("Yangtze! Yangtze!"), qui n'était alors qu'à l'état de projet.  Elle a passé dix mois en prison à la suite de cette publication et a été récompensée par le Goldman Environmental Prize en 1993.

La photo montre parfaitement l'état actuel du barrage, avec l'énorme réservoir en amont qui a été prévu pour s'élargir en fonction de la montée des eaux. L'eau peut désormais monter jusqu'à 175 mètres au-dessus du niveau de sol sans créer de dégâts.

Mais ce qu'on constate aussi, en amont du fleuve, c'est qu'il commence à y avoir des inondations sur les affluents, comme sur le rivière Xiao, ce qu'on n'avait jamais vu avant. La circulation naturelle des eaux a été perturbée par le barrage.

Il est vrai que c'est la plus grosse source d'électricité en Chine. Le barrage produit jusqu'à 100 millions de kwh par jour. Mais si l'on regarde à quel point cette construction a endommagé l'environnement, si l'on regarde les démolitions de villages, les délocalisations de riverains et la détérioration géologique des alentours, on réalise que le projet n'est pas aussi avantageux que ce qu'on voudrait faire croire. Le gouvernement dit qu'il a fait ça pour le bien-être des Chinois. Mais je pense que cette construction aura à terme un impact plus négatif que positif.

Ce projet est purement politique. A la fin des années 80, après la répression du mouvement étudiant, le gouvernement chinois voulait montrer au monde entier la puissance du Parti socialiste. Li Peng, [Premier ministre de 1987 à 1998, ndlr] qui avait par ailleurs travaillé au service des eaux et de l'électricité, a fortement soutenu le projet après Tiananmen. C'est ensuite Deng Xiaoping qui a donné le feu vert, en 1992, et à partir de là aucun dirigeant ne pouvait plus revenir en arrière."

Vu par le satellite de l’ISS