La vidéo de cet instructeur américain qui engueule des policiers irakiens, les traitant de "femmelettes" et de "couards", fait, en ce moment, le tour du Web. Un document décrypté par nos Observateurs. 

Dès son intronisation, le nouveau président des États-Unis a ordonné le retrait des troupes américaines d'Irak à partir du mois d'août 2010. Après cette date, la sécurité sera prise en charge par les forces de sécurité irakiennes, que l'armée américaine a entrepris de former.

Nous ne connaissons ni le lieu ni la date exacte où a été tournée cette vidéo. D'après nos recherches, elle a été postée sur le Net pour la première fois le 4 février 2009. Le buzz autour de ce document n'a cependant été déclenché que cette semaine, après sa reprise sur Digg, un site de partage de liens américains.

"Il est vrai que la police irakienne est loin derrière l'armée en terme d'entraînement"

Peter Harling est analyste dans le cadre du programme pour le Moyen-Orient de l'International Crisis Group (ICG).

L'instructeur américain s'adresse aux troupes comme s'il s'agissait d'un groupe homogène, probablement des chiites [la première question du soldat américain porte sur l'appartenance des policiers à l'Armée du Mahdi, une milice chiite dirigée par Moqtada al-Sadr, principal opposant au gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et à l'occupation américaine, NDLR]. À plusieurs reprises, il les définit par opposition aux sunnites.

Il est vrai que la police irakienne est loin derrière l'armée en terme d'entraînement. Ce décalage s'explique par le fait que les Américains ont privilégié la formation des militaires à celle des policiers, car ils faisaient davantage confiance à l'armée, ne voulant pas encourager le développement de forces locales. Ce n'est que récemment que les troupes de la coalition ont commencé à se préoccuper du manque d'entraînement des forces de police chargées du maintien de l'ordre.

Ce qui m'a frappé, c'est que l'officier américain s'en prend au commandant des forces de police, ce qui est très rare, et d'autant plus délicat que cela se passe devant ses hommes."

"Lors d'une session de formation, il est normal de jouer sur le stress émotionnel"

Ernesto Haibi est infirmier dans l'armée américaine. Il a servi en Irak.

Je trouve qu'il commence bien, mais qu'ensuite il dérape. C'est un instructeur et, lors d'une session de formation, il est normal de jouer sur le stress émotionnel. Il les bouscule pour les faire réagir. Quand je servais en Irak, on savait que certains policiers irakiens fréquentaient les milices. Je comprends donc que ça l'énerve. Mettez-vous à sa place : ces types semblent avoir peur de descendre en bas de la rue, alors que lui risque sa vie tous les jours ! Certains de ses arguments sont donc tout à fait valables.

Mais la première chose qu'on vous explique lorsqu'on vous prépare à être instructeur, c'est qu'il ne faut jamais perdre son calme. On peut faire semblant de s'énerver, mais seulement si, au fond, on est tout à fait calme. Ici, on voit clairement que le soldat, qui semble pourtant être un officier, perd son sang froid et ne fait que déverser sa rage sur les policiers irakiens. Il va jusqu'à leur dire qu'il est prêt à se bagarrer avec eux. Que ce serait-il passé si un Irakien plus costaud que lui s'était avancé et lui avait cassé la gueule ? Il aurait perdu toute crédibilité. Je pense que son discours est, au final, complètement contre-productif."