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Dans le discours de Barack Obama au monde musulman, une phrase du président américain devrait faire réagir les Français. Il a en effet déclaré que l'Ouest ne devait pas "dicter aux musulmanes les vêtements qu'elles doivent porter". Une allusion à la loi française sur l'interdiction du port de symboles religieux - notamment le voile - à l'école.

La loi sur les signes religieux "ostentatoires" avait déclenché une importante polémique lors de son vote, en 2004. Un débat qui pourrait être relancé après la déclaration faite par Obama, jeudi, qui a déclaré :

"En Amérique, la liberté est indissociable de celle de pouvoir pratiquer sa religion (...). C'est pour cette raison que le gouvernement des États-Unis a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hijab et pour punir ceux qui le leur contesteraient."

"Les hommes blancs sauraient ce qui est bien pour les femmes musulmanes..."

ROYAUME-UNI - Jana Kossaibati étudie la médecine à Londres. Elle tient le blog Hijab Style.

Bien sûr que je suis d'accord avec Obama. La liberté de culte et la liberté de choisir ses vêtements sont des droits de l'Homme élémentaires. Il est inimaginable que l'on force une femme à retirer son voile, soit exactement ce que fait la France dans ses écoles. Ce n'est pas au gouvernement de décider comment les gens doivent s'habiller. Sur cette question, la loi française est une réminiscence coloniale : les hommes blancs sauraient ce qui est bien pour les femmes musulmanes.

Pour une musulmane, il faut porter le voile en permanence ; on ne choisit pas de le mettre de temps en temps. Je pose la question une nouvelle fois : pourquoi est-ce que tout le monde décide du sort des musulmanes à leur place ?"

"En Iran comme en France, tout le monde devrait avoir le choix "

IRAN - Shohreh, 23 ans, est étudiante en Iran.

Je vis dans un pays où le port du voile est obligatoire : pour les musulmanes, les chrétiennes et les athées. Je trouve cela parfaitement injuste. Mais il est tout aussi injuste d'interdire à quelqu'un de porter le voile.

Je ne considère pas le voile comme un symbole religieux, mais comme quelque chose qui fait partie de ma culture et de mes traditions. Si je ne le porte pas à la maison, c'est par choix personnel. Je suis d'accord avec Obama : chacun devrait avoir le choix de le porter ou pas."

"Le voile est l'étendard de l'extrémisme "

FRANCE - Sihem Habchi est la présidente du mouvement "Ni putes ni soumises" depuis 2007.

Je suis très déçue. En tant que premier président issue de la diversité, Obama symbolisait la réconciliation. Mais je suis en colère parce qu'il a oublié la moitié de l'humanité. C'est comme s'il essayait de faire un compromis avec le monde arabe sur le dos des femmes. Essayer de se rapprocher des pays musulmans en fermant les yeux sur le droit des femmes, les valeurs démocratiques et le droit à l'émancipation, c'est une instrumentalisation des femmes. Il ne peut pas vouloir se battre contre l'extrémisme religieux et être conciliant sur la question du voile. Le voile est l'étendard de l'extrémisme."

"La liberté religieuse a un sens aux États-Unis. En France nous en sommes très loin"

FRANCE - Saida Hida est membre de l'association féminine de Strasbourg et de la Ligue française de la femme musulmane.

Obama a toujours eu un profond respect pour la liberté de culte. Ce n'est pas rien d'avoir nommé parmi ses conseillers une femme qui porte le voile. La liberté religieuse a un sens aux États-Unis. En France nous sommes très loin de tout cela car notre histoire est différente. On aurait pu comprendre la laïcité républicaine comme un symbole d'ouverture et de tolérance des religions, de neutralité de l'État, mais on a choisi d'imposer une seule façon de voir les choses à tout le monde.

L'année 2004 [année où la loi sur le voile a été votée, NDLR] a été très difficile pour les musulmanes françaises. On a vécu la mise en place de ce texte comme une injustice. Le débat sur le voile a servi à cacher tous les autres problèmes qui existaient à l'époque, et qui existent toujours, dans les écoles françaises. Mais il a aussi servi, comme l'a dit Obama, à dissimuler une hostilité post-11-Septembre envers l'Islam. Les musulmans ont fait les frais de l'imaginaire collectif alimenté par la peur et par certains faits divers. Mais on ne fait pas une loi sur des faits divers !

Jusqu'à aujourd'hui, j'ai travaillé dans mon association avec des jeunes filles très motivées - parfois plus que les garçons - qui ne peuvent pas recevoir l'enseignement de l'école républicaine, celle de l'"égalité des chances". Alors, elles suivent des cours pas correspondance ou elles partent à l'étranger, souvent en Belgique, avec tous les frais et l'isolement familial que cela implique.

La France peut être fière de beaucoup de choses, mais en ce qui concerne le voile, hélas, elle est complètement passée à côté de sa devise "liberté, égalité, fraternité."