La diffusion sur YouTube de ce film de vidéo surveillance a choqué la communauté indienne d'Australie, victime d'un nombre record d'agressions ces dernières années.

À Melbourne, le 9 mai 2009. La victime, Sourabh Sharma, a 21 ans.

Selon la police, au moins 1 500 Indiens ont été agressés dans le seul État de Victoria, en 2008. Samedi dernier, un autre étudiant indien a été poignardé avec un tournevis. Une agression qui a fait réagir sa communauté : des milliers d'Indiens ont manifesté dans les rues de Melbourne, dimanche. La tensions s'est encore accrue après l'intervention musclée de la police, jugée disproportionnée par les participants.

Les médias indiens ont publié cette vidéo de l'intervention policière, qualifiée d'"atroce", déclenchant des manifestations dans plusieurs villes du pays.

Les autorités australiennes récusent l'idée d'une persécution de la communauté indienne. Selon elles, si les Indiens sont davantage victimes d'agressions, c'est parce qu'ils se déplacent souvent seuls la nuit, en raison de leurs horaires de travail décalés, et parce qu'ils portent souvent sur eux des objets de valeur.

Une nouvelle attaque contre un Indien a eu lieu ce mardi, faisant craindre une reprise des manifestations. Cette perspective n'enchante pas le gouvernement australien, qui ne souhaite pas perdre la manne financière générée par les 93 000 étudiants indiens qui vivent dans le pays.

"Les autorités se contredisent"

Amit Menghani, 23 ans, fait des études d'ingénieur à Melbourne. Il vit depuis quatre ans et demi en Australie, dans la banlieue de Reservoir, au nord de Melbourne. Il est le président de la Fédération des étudiants indiens d'Australie qui a organisé la manifestation de samedi dernier.

 Je tiens d'abord à dire une chose : la manifestation a mal tourné, mais ce n'est pas du tout ce que nous voulions. Les gens qui se sont fait arrêter par la police n'ont rien à voir avec nous.

Ce qui est certain, c'est que les autorités se contredisent. D'abord, elles disent que nous n'avons simplement pas de chance, puis elles nous demandent de ne pas parler trop fort quand on parle l'une des différentes langues indiennes, ce qui signifie bien que nous sommes visés. Ensuite, elles inventent une excuse : nous serions attaqués à cause de nos objets de valeur. Mais on sait très bien que les autres jeunes ont exactement les mêmes. En outre, la police dit d'abord qu'il n'y a aucun motif racial dans l'affaire Sourabh Sharma, mais le Premier ministre australien fait ensuite un discours sur les agressions raciales faisant référence à l'attaque de Sharma !

Si seulement la police avait fait quelque chose quand la situation est devenue problématique, il y a quelques années, les choses se seraient améliorées. Or, elles ont empiré. Les médias locaux n'ont rien dit. Ce n'est que grâce aux médias étrangers que l'ont a pu attirer l'attention sur notre situation."

"C'est juste de la malchance si ça tombe sur des Indiens"

Preeti Oberoi est étudiante à Melbourne, où elle vit depuis 18 mois.

Les gens en parlent parce que c'est partout sur Internet et dans les médias. Mais, personnellement je n'ai jamais eu aucun problème, sauf une fois où un de mes profs s'est moqué de mon accent. Je crois à la version officielle. Il est vrai que les étudiants indiens sont des cibles faciles et qu'ils ont souvent des lecteurs MP3 sur eux. Je pense que, la plupart du temps, c'est l'argent que cherchent les agresseurs. L'Australie est un pays accueillant et qui respecte la diversité. Je pense que c'est juste de la malchance si des Indiens sont visés."