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"Pour toi, on sacrifiera Al-Maliki." En ces termes, le porte-parole du ministère irakien du Commerce s’adresse à une prostituée dans un enregistrement qui fait le tour du Net irakien. Une vidéo qui tombe mal pour le porte-parole arrêté pour corruption et son patron contraint à la démission.

Depuis quelques semaines, les Irakiens suivent un feuilleton digne des productions d’Hollywood : corruption, débauche, menaces de mort, distribution de nourriture avariée. Un scénario dont les héros ne sont autres que le ministre irakien du Commerce et sa clique.

Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a accepté lundi la démission du ministre du Commerce, Abdel Falah as-Soudani, éclaboussé par un scandale de corruption et de détournement de fonds.

Appartenant à l'une des branches du parti chiite Dawa, la formation du Premier ministre, As-Soudani nie toute implication dans ce scandale et accuse des fonctionnaires mécontents et des ennemis politiques d'avoir intrigué pour lui nuire.

Au début du mois, deux de ses frères ainsi que le porte-parole du ministère du Commerce ont été accusés d’avoir touché des pots-de-vin en échange de contrats d’importation alimentaire. Lorsque les forces de sécurité irakiennes se sont rendues au ministère pour arrêter les suspects, les gardes du bâtiment ont ouvert le feu en l'air pour les en empêcher, facilitant ainsi la fuite des frères As-Soudani, dont un a été ultérieurement arrêté à un barrage en possession d’une importante somme d’argent et de plusieurs cartes d’identité.

La vidéo de trop

Sur cette vidéo, postée sur le site alhakaek , on voit l’un des frères du ministre du Commerce et le porte-parole du ministère Mohammed Hanoun [1m19s] flirtant avec des prostituées lors d’une soirée privée. On entend ce dernier dire à l’une des filles : "Pour toi, on sacrifiera Al-Maliki [le Premier ministre irakien]."

"La rue irakienne est choquée de voir ces scènes"

Haydar Aloui tient un magasin de vêtements à Bagdad.

La vidéo a été filmée avec le téléphone portable de l’un des participants. La rue irakienne est choquée de voir ces scènes. Tout le monde en parle dans les cafés et sur les lieux de travail. Les gens ne sont pas satisfaits de la gestion du pays. Les politiciens n’ont pas amélioré nos conditions de vie après être débarrassés de Saddam. Le ministre As-Soudani avait embauché ses deux frères au ministère. Des médias locaux ont révélé que le frère du ministre, Sabah As-Soudani, touchait une commission de 40 dollars sur chaque tonne de sucre importée en Irak.

On entend de nombreuses histoires de corruption. Rien de nouveau dans tout cela. La corruption s’est répandue au moment du blocus [entre 1990 et 2003] lorsque le salaire d’un fonctionnaire ne depassait pas 3, 4 ou 10 dollars. La corruption sévit dans tous les ministères. As-Soudani n’est pas le premier ministre à faire face à des charges de corruption. Avant lui, l’ancien ministre de la Défense, Hazem Ash-Shalaan, a été accusé de détournement de fonds public. Il vit aujourd’hui à Londres.

L’ancien ministre de l’électricité, Ayham As-Samirra’i, a pris la fuite aux États-Unis après avoir été emprisonné pour négligence et dilapidation de fonds publics.

Pire, l’ancien ministre de la culture, Assad Hashemi a été condamné en 2008 par contumace à la peine capitale pour avoir donné l’ordre, en 2005, d’assassiner les enfants du chef du parti de la Oumma, le député Mithal Al-Aloussi."