Observateurs

En signe de rébellion, les ados occidentaux portent des bonnets à l'effigie de Che Guevara. Liu Shihui a lui choisi de prendre le métro avec un tee-shirt marqué de cette phrase : "Le Parti communiste refuse le système de parti unique." Il a eu beau expliquer que ces mots avaient été prononcés par un ancien président chinois, il s'est fait embarquer par la police.

 

“L’agent de sécurité voyait dans ce message une tentative de relancer la lutte des classes”

Liu Shihui est avocat. Il est l'un des signataires de la charte 8, au sein de laquelle plus de 300 intellectuels chinois demandaient une démocratisation du pays et des réformes politiques. Il a également publié ce témoignage sur son blog.

C'était le 12 mai, à 17h. J'attendais ma petite amie à une station de métro de Guangzhou.

Un agent de sécurité est arrivé et m'a dit : 'Qu'est-ce que vous faites ?'. Je lui ai dit que j'attendais ma petite amie. Il m'a lancé un regard menaçant et m'a annoncé que ma tenue était 'incorrecte' et que je n'avais pas le droit de m'habiller comme ça.

Je portais un tee-shirt que j'avais fait moi-même et qui portait, sur le devant, l'inscription 'un système de parti unique est un désastre - par le Xinhua Daily'. Et au dos, une citation de l'ancien président Liu Shaoqi : 'Le Parti communiste s'oppose au parti unique du KMT [parti politique de Taïwan] et refuse le système de parti unique.' Le message a semblé faire peur à l'agent de sécurité, qui y voyait une tentative de relancer la lutte des classes.

J'ai protesté : 'Qu'y a-t-il de mal avec mes vêtements ? En quoi cela vous dérange ? Est-ce que je fais du mal à quelqu'un ?'

La police est ensuite arrivée, ainsi qu'un autre agent de sécurité et un employé du métro qui s'est mis à prendre des photos de moi. Les gens se sont attroupés autour de nous et commençaient à me dévisager. Un garde m'a dit que ce qui était écrit sur mon tee-shirt était mal et que je devais les suivre 'pour être interrogé'.

J'ai alors pointé la citation du doigt et j'ai dit à un agent : "C'est le parti communiste lui-même qui l'a dit. C'est un éditorial du Xin Hua Daily. Si vous êtes allés à l'école, vous devriez savoir que le Xin Hua Daily était un média d'Etat à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Vérifiez vous-même." L'agent de sécurité s'est énervé et m'a dit qu'il avait sûrement lu plus de livres que moi, ajoutant qu'il s'étonnait qu'un type comme moi ait une petite amie.

La police a été moins agressive, mais elle voulait m'arrêter. Ils m'ont mis sur le côté, pour que les gens ne voient plus mon tee-shirt. Puis, ils m'ont carrément emmené au poste de police. Ils m'ont demandé d'où venaient les citations et je leur ai expliqué, ajoutant qu'ils pouvaient le vérifier sur Internet.

Je leur ai demandé de voir un document justifiant mon arrestation, mais ils ont refusé. Je leur ai dit que dans ce cas-là, comme je suis avocat, j'allais les poursuivre en justice et faire parler de cette affaire sur Internet. Ils ont semblé s'adoucir.

Un policier a essayé de me persuader : "Pendant la guerre contre le Japon, le Parti communiste s'opposait au KMT, c'est pour cela qu'ils ont publié cet éditorial. Mais le sujet est sensible de nos jours..."

Je suis sorti de là à 8h. En me rendant chez ma petite amie, épuisé, je me disais que la situation actuelle n'était pas si différente de celle de la Chine des années 1940. Deux pays sur trois ont adopté un système démocratique. Pourtant ici, parce que j'ai imprimé un slogan sur mon tee-shirt, un slogan qui dit la vérité, on me traite comme un ennemi. Combien de pays agissent encore ainsi ?" 

Traduction en français basée sur la traduction en anglais réalisée par Global Voices.