La personne que l'on voit sur cette vidéo en pleine séance de torture n’est autre que le cheikh Issa en Zayed Al-Nahyan, frère du cheikh Khalifa Ben Zayed, souverain d'Abu Dhabi et président des Émirats arabes unis (EAU).

Le cheikh Issa a été acquitté le 10 janvier par une cour émiratie. Les juges ont estimé qu'il n'était pas responsable de ses actes. "Le cheikh était sous l'influence de médicaments au moment des faits et n'a pu en prendre conscience", a-t-elle expliqué. Cinq autres personnes, dont deux Américains, ont été condamnées pour les tortures infligées à Mohammed Shah Poor, un homme d’affaires afghan accusé de ne pas avoir livré au prince une quantité convenue de marchandises.

Retour sur cette affaire :

La vidéo, tournée à la demande du cheikh Issa lui-même, montre, durant 45 minutes, les horribles tortures infligées à Mohammed Shah Poor.

Le cheikh est secondé par des policiers en uniforme qui maintiennent la victime à terre, tandis qu'il se sert d'une mitrailleuse automatique, de fouets, d’aiguillons à bétail électrifiés, de planches de bois cloutées et même de sa Mercedes tout-terrain pour infliger à sa victime les pires sévices.

La vidéo a été rendue publique mi-avril par Bassam Nabulsi, un Américain d’origine libanaise qui fut, des années durant, l’intendant du cheikh Issa. La scène remonte à 2004 ou 2005. Nabulsi intente aujourd’hui un procès, aux États-Unis, à son ancien employeur. Il affirme que cette vidéo lui aurait valu trois mois de prison (d'avril à juin 2005) et, à lui aussi, une séance de torture.

Interrogé par la chaîne ABC, qui a diffusé la vidéo le 22 avril dernier, le ministère de l’Intérieur émirati, dirigé par le frère de cheikh Issa, cheikh Saif Ben Zayed, a d'abord déclaré qu’après examen de la vidéo, il concluait que "les règles politiques et les procédures ont été correctement suivies par les services de police". Le 30 avril dernier, les autorités de Abu Dhabi, soucieuses de leur image en Occident - et de préserver leurs coopération avec les États-Unis et la France dans le domaine du nucléaire civil - ont toutefois fini par condamner "sans équivoque" les agissements de l’émir tortionnaire.

La plupart de nos Observateurs sur place ont refusé de s'exprimer sur le sujet, sauf Sarah (voir plus bas). Nous avons également contacté des spécialistes locaux des droits de l'Homme, des avocats et des journalistes. Personne ne semble pouvoir critiquer la famille royale. Rien d'étonnant, lorsqu'on sait que l’article 32 de la loi sur la presse à Abu Dhabi impose une amende d'un million d'euros à tout journaliste "dénigrant" des responsables gouvernementaux ou des membres de la famille royale.

"Il n'y a qu'une seule loi : leur loi"

"Sarah" est une ressortissante étrangère aux Émirats arabes unis. Elle a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat.

Cette affaire est incroyable, c'est un malade ! La famille royale peut faire ce qu'elle veut sans être jugée. Ces gens là croient que les étrangers sont issus de "sous-races", parfois même que ce sont des animaux. Les Indiens, les Afghans, les Pakistanais et les Philippins, tous auraient été créés pour les servir. Ce n'est pas la première fois, il y a eu d'autres cas, mais personne n'est jamais jugé. Le pays est très sûr, et la loi y est parfaitement appliquée. Mais quand cela touche la famille royale, il n'y a qu'une seule loi : leur loi."

Selon le site uaetorture.com, cette photo a été prise à l'hôtel "Four Seasons" de Houston, au Texas, où l'émir séjournait deux mois par an avant 2005.

 

Cheikh Issa dans le bureau de son intendant, à Dubaï. Photo postée sur uaetorture.com

Cheikh Issa à l'hôtel "Four Seasons". Photo postée sur uaetorture.com

Extraits de la vidéo - Attention, ces images peuvent choquer

Nous avons coupé la vidéo, insoutenable, postée sur le site uaetorture.com. Dans cet extrait, on voit le cheikh rouler dans son véhicule tout-terrain, à plusieurs reprises, sur les jambes de sa victime. Dans sa lettre au souverain d'Abu Dhabi, l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch parle du fracas d'os que l'on peut entendre sur la vidéo originale.