Élevage de porcs en Égypte. Photo postée sur Flickr par Per Bjorklund 

L’Égypte a décidé, le 29 avril, d'abattre son cheptel porcin pour éviter la propagation de la grippe A-H1N1 sur son territoire. La mesure suscite la colère des éleveurs qui sont, dans leur grande majorité, des chrétiens coptes. Derrière cette affaire, certains voient une affaire de religion...

Le cheptel porcin égyptien compte 300 000 têtes. Les bêtes sont élevées, pour la plupart, aux abords du Caire par des chiffonniers chrétiens. Pour ces trieurs d’ordures, les cochons sont un maillon clé dans le processus de recyclage des déchets organiques. Les cochons se nourrissent dans des déchetteries à ciel ouvert et sont ensuite transformés en jambon, destiné souvent aux grands hôtels de la capitale.

Mercredi, dans la région de Khanka, à 25 km au nord du Caire, des éleveurs ont accueilli par des jets de pierres les vétérinaires et les policiers venus abattre leurs cochons. Pour désamorcer la crise, l’Église copte a dû intervenir en apportant son soutien à la décision des autorités de liquider le cheptel.

L’élevage de porcs est interdit dans plusieurs pays musulmans comme l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Libye. Dans les autres pays arabes, ce sont généralement des membres des minorités religieuses, notamment chrétiennes, qui élèvent le cheptel porcin.

Aucun cas animal ou humain de cette grippe n’ayant pour l’instant été rapporté en Égypte, l'opinion des internautes locaux est partagée à propos de cette mesure radicale.

Les images de l'abattage (capture d'écran)

Vidéo postée sur YouTube par saloma73

Nous avons choisi de ne pas diffuser ces images.

"La campagne pour l'abattage des porcs stigmatise les éleveurs coptes"

Mina Zekry est un blogueur égyptien.

La décision d’abattre le cheptel porcin est arbitraire et pose de nombreux problèmes. Jusqu’à présent, les éleveurs ne sont absolument pas sûrs d'être indemnisés. Ils ont donc menacé d'organiser des manifestations.

En Égypte, la filière porcine concerne plusieurs acteurs économiques. Si la mesure d'abattage était intégralement appliquée, elle aurait certainement des répercussions. Mais je ne pense pas que ce soit possible. En Égypte, seuls deux abattoirs, au Caire et à Alexandrie, sont équipés pour traiter les porcs. L'un et l'autre sont capables d'abattre 1 500 bêtes par jour. L’abattage des 300 000 porcs du cheptel égyptien nécessitera donc beaucoup de temps. À moins que les autorités n'aient recours à des incinérateurs pour tuer les bêtes.

Par ailleurs, une campagne médiatique trompeuse établit un lien entre la propagation du virus H1N1 et la présence de porcs dans le pays, stigmatisant par conséquent les éleveurs, majoritairement coptes. Dans le climat actuel de tensions religieuses, la dimension confessionnelle pourrait occuper le devant de la scène si la campagne contre les éleveurs se poursuit. Cette décision pourrait être très dangereuse."