Face aux difficultés à entrer sur le marché du travail en temps de crise, les jeunes diplômés s’inquiètent. Comment boucler les fins de mois et rembourser les prêts étudiants ? Lisez leurs témoignages ci-dessous.

"J’ai proposé de travailler gratuitement"

Gareth Goodliffe, ingénieur sud-africain de 26 ans, a déménagé à Vienne, il y a un peu plus d'un an. Depuis son arrivée dans la capitale autrichienne, il cherche du travail, en vain pour l'instant. Il a même offert ses services gratuitement. Là encore, sans succès...

En arrivant à Vienne, l'anglais étant ma langue maternelle, j'ai concentré mes recherches d'emplois sur les entreprises anglo-saxonnes et les grandes multinationales installées en Autriche.

En 14 mois, j'ai passé six entretiens. Seule la moitié des postes à pourvoir correspondait effectivement à mon champ de compétences. J'ai un diplôme d'ingénieur, je parle quatre langues, et j'ai déjà travaillé à l'étranger.

J'ai même proposé de travailler gratuitement. J'ai envoyé un e-mail à une boîte en difficulté avec mes idées pour l'aider à se relancer. Mais je n'ai reçu en retour qu'une invitation à aller consulter la rubrique "carrière" de leur site Internet.

J'habite avec ma petite amie. Entre l'aide de sa mère, de mes parents et l'enseignement de l'anglais à temps partiel, j'arrive tout juste à joindre les deux bouts. Sans ce coup de pouce des parents, nous serions mal.

J'avais financé le déménagement et nos premiers mois à Vienne avec un petit pécule accumulé dans l'immobilier, il y a quelques années, à Johannesburg. Mais, après trois ou quatre mois de recherches d'emplois infructueuses et sans le moindre revenu, il ne restait plus rien de nos économies.

À présent, je veux renforcer ma présence sur Internet. Il faut que j'écrive beaucoup, sur tous les sujets que je maîtrise, pour que mon nom ressorte bien si un employeur potentiel décide de me "googliser". Je pense qu'un recruteur ne se contente plus d'une liste de qualifications. Il veut comprendre comment un candidat aborde un problème pour le résoudre."

"Un cauchemar !"

Lesleyann Pedro réside à Seattle, aux États-Unis. À 25 ans, cette danseuse de ballet professionnelle est aussi titulaire d'un diplôme en Sciences du management économique. À la recherche d'un emploi depuis le mois d'octobre 2008, elle n'a toujours pas trouvé le moyen de rembourser son prêt étudiant.

Je suis titulaire d'une maîtrise d'Arts de la danse et d'une autre en Sciences du management économique.

J'ai commencé par envisager une carrière artistique dans le domaine de la danse. Pour financer mes besoins quotidiens et mes cours, j'ai multiplié les petites expériences professionnelles. Mais le rythme était intenable et j'ai finalement été contrainte de reléguer la danse au rang de loisir.

J'ai donc décidé de reprendre mes études, tout en continuant à redéfinir mon projet professionnel.

Depuis le mois de décembre dernier, après avoir obtenu une maîtrise en Sciences du management économique (option Technologies de l'informations) de l'université Washington Central, je suis à la recherche d'un emploi. Un cauchemar !

Les conséquences de la crise économique sont pires que ce que j'imaginais. Je n'aurais jamais pensé avoir des soucis pour trouver un travail avec mes compétences en commerce et en technologies de l'informations.

J'ai épuisé toutes les bases de données d'offres d'emplois sur Internet. J'ai même proposé mes services à de nombreuses entreprises en tant que vendeuse, mais on m'a fait comprendre que je n'étais pas qualifiée. Cela était d'autant plus improbable que j'avais travaillé pour certains de ces employeurs les étés précédents...

Le côté positif de cette situation, c'est que ma situation a progressé au sein des agences de travail temporaire, qui m'aident vraiment dans ma recherche d'emploi. Je suis régulièrement appelée pour réaliser des tests supplémentaires ou dans la perspective d'entretiens à venir.

Mes parents me soutiennent et financent la majorité de mes besoins, comme l'assurance-maladie, l'abonnement téléphonique, la nourriture. La liste est longue... Très occasionnellement, je vais déjeuner avec des amis, mais le simple fait de dépenser un peu d'argent me fait culpabiliser.

La situation va devenir complexe à partir du mois de juin, lorsque je vais devoir rembourser mes prêts étudiants. L'intégralité de ma formation à l'université a été financée grâce à eux, et mes parents ont également emprunté 10 000 dollars environ. Au total, je vais devoir rembourser à peu près 25 000 dollars.

Je ne sais toujours pas comment envisager la suite, notamment le remboursement de l'argent que m'ont prêté mes parents, compte tenu du fait que je n'ai pas encore réussi à trouver du travail."

"J’ai vendu ma maison pour financer mon master"

Matthew Beaubien est canadien. Il a une trentaine d’années. Il vit à Barcelone, où il vient d’être diplômé de l’école de commerce "Esade", qui délivre le septième meilleur master d’Europe, selon l’édition de janvier 2009 du journal "Financial Times". Jusqu’en 2008, les diplômés n’avaient aucun problème pour trouver un emploi mais, depuis la crise, c’est une autre histoire. Comme Matthew, ils sont désormais de plus en plus nombreux à être endettés et sans emploi.

Je viens d’être diplômé de l’"Esade" et je cherche toujours un emploi.

Je suis encore en contact avec une petite entreprise de consulting où j’avais fait un stage cet été. J’y avais mené une étude financière sur les panneaux solaires. Je vais retravailler quelques jours pour eux, mais il n’y a pas d’offre concrète sur la table.

J’ai étudié l’ingénierie mécanique au Canada, il y a dix ans. Ensuite, j’ai déménagé à Detroit, où j’ai travaillé dans le secteur automobile pendant quatre ans. Après, je me suis rendu en France. Je travaillais pour une société spécialisée dans les pièces détachées pour les voitures. J’ai acheté une maison, que j’ai transformée en deux appartements, pour 310 000 euros. Je les ai revendus pour financer mon master à Barcelone, espérant pouvoir retrouver un emploi ensuite.

Je dois toujours de l’argent à ma famille. Je me donne trois mois pour trouver un emploi. Après, je ne sais pas… Je devrais sans doute rentrer chez mes parents.

La plupart de mes anciens camarades ont du mal à trouver des offres d’emplois et se retrouvent dans des situations financières compliquées. Certains ne peuvent même pas quitter Barcelone, ne sachant pas où aller. Les autres se sont fait payer le master par leur employeur et peuvent retourner travailler dans leur entreprise.

Maintenant que j’ai plus de temps libre, je passe mes journées sur des sites pour fan de voitures et de tuning (modification de véhicules de série). Mais je compte toujours trouver un boulot."