La vidéo d'une agression ultra violente dans un bus de nuit parisien fait scandale depuis sa diffusion lundi sur le Net. La scène s'est déroulée le 7 décembre vers 3h45 à la station Barbès-Rochechouart.

 

Le document original dure 6 mn. Ces images ont été floutées par France 24.

Les six minutes de l'agression ont été filmées par des caméras de surveillance installées dans un bus Noctilien de la RATP. Au premier plan, la victime, un jeune homme portant une écharpe. Quatre ados installés derrière lui, et qui semblent se connaître, le bousculent puis le dépouillent. Le jeune homme tente de se défendre, et certains (rares) voyageurs essayent de s'interposer, mais il se fait tout de même tabasser et la situation dégénère. Le chauffeur du bus, impuissant, ne quitte pas son siège et appelle les secours [d'après Sud-RATP, dans ce genre de situation, le conducteur a reçu la consigne de rester dans sa cabine].

Selon le quotidien 20 minutes, la vidéo aurait été postée en premier, le 17 décembre dernier, par un policier sur son compte Facebook - fermé depuis ce mardi midi. Elle a été repostée lundi par plusieurs blogueurs qui s'interrogeaient sur l'authenticité du document. Ces images, qui selon la RATP n'auraient pas dues être rendues public, ont depuis été retirées de YouTube et de Dailymotion. Elles continuent toutefois de circuler sur le Net étranger.

La vidéo a désormais été authentifiée. Un document du ministère de l'Intérieur, qui répertorie les affaires résolues grâce à la vidéosurveillance, mentionne en effet l'incident et décrit précisément la scène que l'on voit dans cette vidéo. Le document précise que deux des agresseurs ont été identifiés et font l'objet de poursuites judiciaires.

Le syndicat SUD-RATP a immédiatement dénoncé la minimisation par les dirigeants de la RATP de ces agressions, extrêmement courantes. Le débat sur le manque d'effectif des personnels de sécurité dans les transports est relancé.

"À la place du conducteur, je n'aurais certainement pas réagi non plus"

Thierry Dendrael est machiniste à la RATP. Il a déjà subi deux agressions dans le cadre de son travail.

Le  chauffeur a déclenché ce qu'on appelle l' "alarme discrète". Par cette alerte, il informe un poste de sécurité de la RATP qu'il y a un problème pour que des agents interviennent. La vidéo, qui est enregistrée sur un disque dur en continu, est à cet instant actée par la RATP et peut ensuite être envoyée à la police judiciaire. C'est probablement au niveau de la police que se situe la fuite.

On voit que le chauffeur est désemparé. À sa place,  je n'aurais certainement pas réagi non plus. On est pas payés pour se faire taper dessus. Faut pas oublier qu'on est tous des pères de familles. J'ai conduit des Noctiliens et je vous assure que quand on transporte des gens très alcoolisés en pleine nuit on ne fait pas le fier. C'est très difficile, avec la peur et le stress, de savoir ce qu'il faut faire. Même si après coup on se dit "j'aurais du".

Depuis quatre ou cinq mois, on a noté une recrudescence des violences et notamment des agressions, parfois sexuelles, dirigées contres les passagers. Les agresseurs le savent maintenant, ils risquent beaucoup moins à s'attaquer à un quidam qui devra prendre un avocat pour les poursuivre en correctionnel, qu'à s'attaquer à un agent en service d'une grosse entreprise comme la RATP.

Quand le gouvernement parle des "bons chiffres" de la sécurité, il ne s'agit pas d'une baisse des agressions dans les transports en commun. Les chiffres s'améliorent concernant les petits délits, comme les contrôles radars ou les ceintures de sécurité, mais dans certains quartiers on compte toujours 300 agressions par an dans des bus.

Il y a 70 véhicules qui circulent la nuit en région parisienne, on ne va pas mettre des flics dans chacun. Il faut savoir ce qu'on veut : une société fliquée ou une amélioration de la prévention ?"