Les violations de la propriété intellectuelle sont légion dans le monde arabe. Le site "Pilleurs de mots" a donc décidé de mener une croisade contre les plagiaires en épinglant, depuis sa création en mai 2005, une trentaine d'écrivains, de journalistes, de peintres, de stars et de caricaturistes.

Grâce à son sens de l'observation, mais aussi à Google et au site Copyscape - un outil en ligne permettant de repérer les plagiats - "Pilleurs de mots" a déjà fait des victimes dans les plus grands journaux du monde arabe. Le quotidien koweïtien "Ar-Ra'iy" ("L'Opinion") a été jusqu'à renvoyer deux de ses journalistes mentionnés par le site. Les journalistes ne sont pas les seuls concernés. Parmi les autres victimes de "Pilleurs de mots", on compte six docteurs, un membre de la famille royale saoudienne, un parlementaire islamiste koweïtien et plusieurs chercheurs.

"Les personnes que je démasquais [...] n'hésitaient pas [...] à m'attaquer personnellement"

Badr el-Koweit (pseudonyme) est le créateur du site "Pilleurs de mots".

Au départ, j'ai créé ce site pour dénoncer l'un des journalistes les plus connus au Koweït qui reprenait dans sa chronique quotidienne des articles volés ici et là. Les personnes que je démasquais, et leurs proches, n'hésitaient pas, au début, à m'attaquer personnellement, multipliant les insultes et les moqueries. Mais lorsqu'elles ont réalisé que mon travail était sérieux, les attaques ont diminué, pour finalement disparaître.

 

Je procède tout seul aux recherches et la mise en page des preuves, même si je bénéficie de l'apport de nombreux visiteurs du site qui me signalent des œuvres plagiées. En démasquant les violations des droits d'auteur, je veux rendre justice aux personnes victimes de plagiat et insister sur l'importance de citer les sources. Des lois sur la protection de la propriété intellectuelle existent déjà dans les pays arabes, mais elles ne sont pas suffisamment dissuasives."

Plagiat de caricatures

Ali Al-Ghamdi, caricaturiste du quotidien saoudien "Al-Watan", est l'une des principales cibles de "Pilleurs de mots". Il a publié de nombreuses caricatures qui semblent en effet fortement inspirées de celles de Clay Bennett (Christian Science Monitor) et de Daryl Cagle (MSNBC.com). Quelques exemples.

 

Un peintre qui copie... des photos

Les arts plastiques ne sont pas à l’abri du plagiat. Selon "Pilleur de mots", le peintre libyen Awad Oubeyda a ainsi repris dans ses tableaux les portraits de son compatriote, le photographe Fathi Al-'Iribi.

 

Plagiat dans le show business

Selon "Pilleur de mots", l'album de la star libanaise Najwa Karam, datant de 2008, reprend au détail près la publicité du parfum "Angel" de Thierry Mugler, parue fin 2006.

Autre victime de "pilleur de mots", Razane, la présentatrice libanaise de la chaîne saoudienne MBC, également starlette de la chanson à ses heures perdues, qui imite, pour son album de 2008, la star américaine Beyonce telle qu’elle était apparue sur la couverture de son album "Dangerously in Love" (2003).

Copier-coller d'articles

La stratégie du copier-coller ne concerne pas que des journalistes débutants. Certains grands journalistes arabes l'adoptent, mettant à mal la réputation de journaux arabes de référence, tels que les quotidiens égyptien "Al-Ahram" et saoudien "Al-Watan", selon "Pilleurs de mots". Ci-dessous, un article de Toufic Madani, un journaliste tunisien qui a publié dans l'édition du 2 juin 2008 du journal émirati "Al-Khaleej", la traduction arabe d'un article de Frédéric Lordon publié dans "Le Monde diplomatique", le 31 mars 2008.