Nous avons publié, mercredi, un billet sur un film qui choque les Marocains. En voici un autre qui vient d'être interdit au Liban. La raison est plus ou moins la même : le sexe.

"Help" est un film libanais qui raconte l’histoire d’Ali, un adolescent qui habite dans un van et qui voit sa vie chamboulée par sa rencontre avec Thuraya, une prostituée vivant avec un homosexuel. Le film est le premier long-métrage du jeune libanais, Marc Abi Rached. Il a tout d’abord reçu l’autorisation de diffusion de la Sûreté générale libanaise, sous deux conditions : flouter une image montrant un sexe féminin, et apposer la mention "Interdit aux moins de 18 ans". Il devait donc sortir en salle le 19 février. Le film a bien été diffusé en avant-première, le 12 février, mais, trois jours avant sa sortie en salle, coup de théâtre : l’autorisation a été révoquée. L'œuvre fait polémique au Liban, notamment parce que l’héroïne, Joanna Andraos, fille d’un député libanais, s’y montre entièrement nue.

La bande annonce

"On a flouté le sexe féminin comme l’a demandé la censure"

Joanna Andraos, 29 ans, héroïne de "Help".

La censure est illégale. On nous donne une licence et puis on nous la retire. C’est une première au Liban. En plus, l’affaire commence à être politisée et ça profite à certains. Je suis d’abord comédienne avant d’être fille de député. En ce qui concerne la scène de sexe qu’on nous reproche, on ne voit rien : à peine des jambes, un bout de sein, un dos nu. On a flouté le sexe féminin comme l’a demandé la censure."

"C'est choquant que la décision dépende d'une personne alors qu'il y a des lois à appliquer"

Marc Abi Rached, 33 ans, scénariste et réalisateur du film "Help".

On ne sait pas encore quelle est la vraie raison qui se cache derrière cette décision. Ils n'ont pas publié de communiqué. Tout ce que je sais c'est que le directeur de la Sûreté générale a changé et que c'est son remplaçant qui a retiré l'autorisation. C'est choquant que la décision dépende d'une seule personne alors qu'il y a des lois à appliquer. On nous reproche la présence d'une scène de sexe dans le film. Si on fait un film sur les éboueurs, on ne peut pas ne pas montrer une déchetterie. 'Help' parle d'une prostituée, il est donc normal qu'il y ait une scène de sexe."

 

"Notre société malheureusement n'est pas assez ouverte"

Paul Chahine, 30 ans, travaille dans l'import à Beyrouth.

C'est un film qui ne mérite pas d'être censuré. S'il était sorti hors du Liban, il n'y aurait eu aucun problème. Notre société, malheureusement, n'est pas assez ouverte. Je pense qu'il y a eu des pressions de la part des hommes de religion (chrétiens et musulmans) pour censurer le film."

"Help (...) montre qu'il y a des gens qui ont besoin d'aide dans notre société"

Yara Harakeh, 23 ans, vient de finir ses études en biochimie et est à la recherche d'un emploi.

Le film traite de l'homosexualité et de la prostitution ; ce sont des choses qui existent au Liban. C'est une réalité dont il faut parler. 'Help' veut dire 'aide', 'secours', il montre qu'il y a des gens qui ont besoin d'aide dans notre société. En ce qui concerne Joanna, je pense que les critiques considèrent plus son rôle dans le film que le fait qu'elle soit la fille d'un député."