A l'occasion, le 11 février prochain, du trentenaire de la révolution islamique iranienne qui a porté l'imam Khomeiny au pouvoir, nous avons posé les mêmes quatre questions à nos Observateurs iraniens de l'intérieur et de l'extérieur du pays :

Que faisiez-vous il y a 30 ans ?

Que pensez-vous des libertés en Iran ?

Quel regard portez-vous sur les Etats-Unis ?

Vous attendez-vous à un changement après l'élection présidentielle de juin prochain?

Nous publierons donc, entre aujourd'hui et mercredi prochain, les réponses de Hamid Reza Taherzadeh, musicien ; Ali Tehrani, professeur d'économie ; Aladin Touran, un opposant en exil et Assadi Tari, doctorant.

Lire les réponses de nos autres Observateurs iraniens.

Hamid jouant de la musique traditionnelle

Posté sur YouTube par divinelifelove.

 

Posté sur YouTube par Mothkillgore.

"Même pour chanter, il faut une autorisation"

Hamid Reza Taherzadeh est professeur de musique à Paris. Il a quitté l'Iran en 1982, trois ans après le retour de l'imam Khomeiny.

 

Que faisiez-vous il y a 30 ans ?

J'étudiais la musique à l'université internationale de Sheraz [sud-ouest de l'Iran]. Avant la révolution, je n'avais jamais entendu parler de Khomeiny, mais je pensais que son retour allait être bénéfique pour l'Iran et qu'il allait mettre en place un régime démocratique, comme il le promettait depuis Paris. Hélas, il a brisé les aspirations du peuple. Non seulement il n'a pas tenu ses promesses, mais pire que cela, il a arrêté, torturé et exécuté des milliers d'Iraniens et d'Iraniennes. Les musiciens n'y ont pas échappé.

 

Que pensez-vous des libertés en Iran ?

Je ne peux pas parler de moi, car je vis en France. Mais Khomeiny a tué beaucoup d'artistes. Il a déclaré que la musique est l'âme du diable. Dans la rue, les pasdarans [police des mœurs] attaquent les musiciens et cassent les instruments sur leurs têtes. Le régime des mollahs a dissout les orchestres et fermé les conservatoires. Les pasdarans ont brisé tous les doigts d'Amir Nasser Aftitah, le plus grand percussionniste d'Iran. Il est mort juste après. C'est aussi ce qui est arrivé à Mehdi Khaledi, un grand violoniste. Les pasdarans ont entendu de la musique chez lui. Ils ont pénétré dans sa maison et cassé son Stradivarius (le seul en Iran). Il est mort de peur sur le coup, à l'âge de 65 ans. Depuis 1979, le régime iranien favorise deux types de musiques : les chants religieux et la musique militaire. Sa seule préoccupation est de galvaniser les troupes pour une hypothétique guerre. Mon frère, comme moi diplômé en musique, a ouvert en cachette une petite école pour enseigner le solfège. Il a été arrêté et tué. On ne peut même pas transporter des instruments de musique dans nos voitures ;  il faut demander une autorisation au ministère de la Communication et de la Culture. Car même pour chanter, il faut une autorisation...

 

Quel regard portez-vous sur les Etats-Unis ?

Comment voulez qu'un régime qui ne s'entend même pas avec son propre peuple puisse se mettre d'accord avec les Etats-Unis, ou un autre pays. Les Iraniens, eux, n'ont aucun problème avec les autres peuples. Bien au contraire. Je pense que les Etats-Unis ont été complaisants avec le régime, sinon pourquoi n'ont-ils pas bombardé l'Iran comme ils l'ont fait pour l'Irak ? Les mollahs veulent montrer aux Arabes qu'ils sont contre les Etats-Unis et Israël, pour gagner leur soutien. Or, il faut se souvenir  que Tel-Aviv vendait dans le passé des armes à Téhéran.

 

Vous attendez-vous à un changement après l'élection présidentielle de juin prochain?

Les élections en Iran ne sont pas les élections en Europe. Il n'y aura aucun changement après juin, car ce sera toujours la même personne, en l'occurrence Khamenei, qui tiendra les rennes du pouvoir. Qu'ont fait Khatami et Rafsandjani pendant les huit ans de leur présidence ? Absolument rien. Ce régime n'écoute pas les messages de paix qui viennent de l'extérieur. Il possède une constitution barbare et moyenâgeuse.