A l'heure où les photos retouchées envahissent les pages des magazines et des journaux, même les plus sérieux, un gadget lancé en 2007 par le gouvernement suédois connaît une seconde jeunesse sur le Net. Un avant-après très édifiant.

L'idée du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales suédois était de lutter contre les modèles de beauté stéréotypés imposés par les médias et notamment par les magazines féminins. L'agence Forsman & Bodenfors, chargée de la campagne, crée alors le site Girl Power. C'est dans le cadre de cette campagne qu'elle poste sur le Net cette démonstration, rapide mais efficace, de retouches assistées par Photoshop. Le modèle s'appelle Lynn, elle a 14 ans et pose en une d'un magazine postiche de "Metropolitan". Menton, yeux, poitrine... En quelques clics, le naturel est balayé pour laisser la place à une pulpeuse jeune femme. Il suffit de cliquer sur chaque détail de l'image pour voir comment elle a été transformée.

Devant cette démonstration surprenante, nous avons posé la question à un professionnel : les retouches photos vont-elles trop loin ?

Avant / après, ou comment vendre un magazine

"L'image fait rêver même si tout le monde sait qu'elle est retouchée"

Thomas P. est un photographe professionnel spécialisé dans la beauté et la mode.

Je ne me pose pas la question de savoir si la retouche doit exister parce qu'elle a toujours fait partie de la photographie, même avant les outils numériques. Dans les années 60, quand la photo a petit à petit supplanté le dessin dans les campagnes publicitaires, les images étaient retouchées au pinceau. La seule différence avec les outils d'aujourd'hui est qu'on est arrivé à un degré de précision et de simulation du réel tel qu'on risque des dérapages. En revanche, aujourd'hui, les gens savent que les photos sont retouchées, alors qu'il y a 20 ans ça ne se savait pas. Quelque part on est moins dupe, même si l'image parfaite continue de faire rêver...

Le rôle de la photo, en particulier dans la pub, n'a jamais été de refléter la réalité, mais de la sublimer. Dans une campagne publicitaire aujourd'hui, la photo est au service d'une marque, d'un produit : selon les demandes des clients on pourra aller plus ou moins loin dans la retouche. Certains demandent des images extrêmement lisses, d'autres de ‘rester incarné', c'est-à-dire proche d'une image de la femme réelle. Parfois, on arrive à des résultats que personnellement je trouve hideux, comme la dernière campagne Dior où la tête de Monica Bellucci est collée sur un corps entièrement autre.

On est arrivé aujourd'hui à un standard minimum de retouches dans les photos publicitaires : il y a des imperfections que plus personne n'a l'habitude de voir et qui choquent l'œil. On est peut-être allé trop loin... Un vrai dérapage arrive quand la photo de reportage (qui contrairement à la photo de pub est censée montrer le réel avec justesse) est retouchée : on en a beaucoup parlé quand Paris Match a enlevé des bourrelets à Nicolas Sarkozy ou quand Le Figaro a effacé la bague trop voyante de Rachida Dati. Dans ces cas là je ne pense pas que le photographe ait été au courant que sa photo serait retouchée : la décision relève plutôt du journal ou du service de presse de l'homme politique en question."

La une postiche du "Metropolitan"

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